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ÇA SENT LE SAPIN POUR UNCHEF D’ŒUVRE EN PERIL!

LE REPAS FRANÇAIS CLASSE AU PATRIMOINE MONDIAL DE L’HUMANITE PAR L’UNESCO

Quand on entre au musée (sauf pour visite), c’est souvent trop tard. Forcément: enterré! Statufié! Momifié! Pour la gastronomie, cette opération traduit les échecs successifs des autres pour préserver une profession abandonnée aux mains des charlatans en tout genre: politiques à la botte des industriels, syndicats qui ne défendent rien et lobbies qui distribuent les cartes. Ainsi, autant de coups d’épée dans l’eau sont les perfusions éducatives (formation, apprentissage, labels divers de maitre-restaurateur), les aides économiques (baisse de la TVA, exonérations de charges) ou encore les impulsions “culturelles” (fête du gout, émissions télé ou radio, déification des chefs). Des brins d’herbes “folkloriques” pour amuser la galerie et qui cachent la forêt de mauvais choix par ailleurs.

Préserver par ce même classement au patrimoine mondial de l’Unesco le “festival du jour de l’an des Qiang” (Chine) ou les “traditions et pratiques associées Kayas dans les forêts sacrées des Mijikendae” (Kénya) est très distinct! Les deux cités ne sont pas conséquences d’échecs économiques, mais des reflets de cultures fragilisés par le temps! Car je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les temps changent et ce, depuis… la nuit des temps! Question d’angle de vue? Peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’il est toujours trop tard quand on cherche à figer le présent pour qu’il ne file pas, qu’on ne l’oublie pas! Par définition! Parle t’on couramment le latin ou le grec ancien dans les cours d’écoles? En tous cas, d’ici à ce que la cuisine française deviennent un folklore, il n’y a qu’un pas.

Pour la petite histoire, faut savoir qu’entre autres recalés qui souhaitaient être classés au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco cette année, figurait “le compagnonnage français”. Ce mouvement ouvrier célèbre pour son “tour de France” dont les origines historiques remontent au 18ème siècle forme des travailleurs dans des métiers comme tonneliers, maçons, chaudronniers et… cuisiniers ou pâtissiers, souvent de solides transmetteurs de valeurs et de savoir-faire dans le temps. Ils sont l’exemple même que la mémoire est inutile dans les musées pour pleurer avec nostalgie un passé perdu, mais enthousiasmante quand les vivants la transmettent.

Olivier Gros