CHOISIR SON CAMP

La prose sur les restaurants envahit l’espace Internet. Sauf que la presque intégralité des bavardages ne relève pas de la gastronomie mais de la vie gastronomique. Faudrait séparer la critique pure du strict commérage mondain. Le critique parle de ce qu’il mange… quand il mange. Et quand il mange, il n’est pas anodin de savoir s’il paye: on aurait des surprises. Le bavard du genre blogueur relève plutôt du profil commun de l’agité publicitaire qui tapote compulsivement son nifone pour ne pas rater le communiqué d’un grand nom de la sauce, vibre du cornichon à l’idée qu’on l’appellera en primeur pour un scoop du mercato-gastro lors de la grande valse permanente des chefs! Du commérage et des potins, donc.

Ce plumitif mondain de la gamelle est souvent porteur de l’air détaché des faux-rebelles se croyant libre comme l’odeur de l’ail, alors qu’ils se courbent devant les chefs influents et/ou “amis” potentiellement arroseurs de “budgets pub”. Il lui arrive plus rarement d’être face à l’humble chef discret qui avec madame fait un bon boulot au quotidien dans son coin, cherchant simplement à gagner sa croûte et rendre ses clients heureux. Dans ce cas le bavard blogueur gonfle les pectoraux et pointe du doigt les failles d’humanité d’un travail artisanal autant que volontaire. Intransigeant avec le petit, déférent avec le grand: la signature des serviles qui aiment le pouvoir.

Compliqué d’exister pour un brûlot impertinent comme Le Bouche à Oreille. Usant à fabriquer, aussi. Nous mangeons et payons tous nos repas: 380 par an les années “normales”. Et faisons 50/60000 kms par an, aussi. Après un test réalisé en bonne forme, faut ensuite le rédiger par écrit. Transmettre un ressenti sans dire ce qu’il faut penser, dire ce qui va comme ce qui ne va pas. Car un restaurant ne se résume pas à un logo, une étoile ou une clé de douze, ni même une note. Ou un dossier de presse que le blogueur recopie généralement sans état d’âme. Faudrait séparer la critique pure du strict commérage mondain qu’on vous dit!

Et pour ceux qui pensent de travers et n’aiment pas notre travail de sévères défricheurs qui touchent à la fin de l’envoi et qui rameute des clients aux (bons) restaurants: on ne changera pas une seule virgule de notre propos pour leur faire plaisir! Depuis 30 ans, on a toujours préféré avoir de vrais ennemis plutôt que de faux-amis.

Olivier Gros