L'OS ET L'ARÊTE du Bouche à Oreille n°88 Déc 2013

VALSE DRACÉNOISE DU RESTAURATEUR CORPORATISTE

L’autre jour, j’ai vécu un gentil moment à table dans un restaurant de Draguignan, le MB2. Après effeuillage rapide du journal pendant mon repas, je le restitue avec un grand sourire au taulier. Qui me remercie avec ce commentaire:

“ya rien qui vous a choqué dans Var-Matin?” qu’il m’envoie l’air taquin

-“beuh non, rien de spécial comme tous les jours, juste les chiens écrasés” réponds-je platement.

-“et ben ya pas d’économie dans le journal!” qu’il déflagre dans un souffle de révolte retenue.

Comme je suis curieux de nature et que mon emploi du temps de cobaye à plein temps m’autorise à quelques souplesses d’horaires malgré un agenda aussi chargé que mon foie, j’invite le dab à s’asseoir, vous prenez un café, il accepte.

Dans le confort de mon anonymat, on a échangé, discuté au moins 45 minutes. Non que je fus intégralement en accord avec son propos comme quoi la France est le “théâtre d’un énorme gaspillage avec ses 60000 administrations”, que “les impôts sont très mal utilisés” et que “le Conseil Général du Var ramasse 4 milliards et redistribue 200 millions à cause des frais de structure”. Le développement et le schéma de pensée du bonhomme m’intéresse mais j’ignore totalement l’exactitude des chiffres avancés. J’ai en face de moi une sorte d’expert de la chose économique sûr de lui et de ses constats sur la société. Et moi, j’aime bien celui qui ne me ressemble pas et qui me dérange. Bref!

A la fin et toujours anonyme, j’ai questionné: “ça marche bien le restaurant? Vous êtes dans les guides? La fourchette? Tripadvisor? Le routard? Le petit futé?.. Le bouche à oreille?” En entendant “Bouche à Oreille” Monsieur Benichou (car il s’appelle Monsieur Benichou) tique un peu: “alors eux, c’est pas bien ce qu’ils écrivent et c’est vulgaire, ils ont méchamment critiqué Max Callegari du Logis du Guetteur aux Arcs, et c’est un ami”. Ajoutant avec une finesse que je ne mesurais pas à l’écoute de ses vérités proférées sur l’économie: “le bouche à oreille est un torche-cul!”. Rien que ça.

Que quelques restaurateurs en colère n’apprécient pas le Bouche à Oreille est plutôt une preuve de la bonne santé du journal. Qu’il soit un “torche-cul” selon sa fine analyse admettons, mais un “torche-cul” indépendant tout de même, Monsieur Bénichou! Pas de subventions pour le bào! On ne tape pas dans les poches du citoyen pour faire nos petites affaires, on n’est pas financé par les impôts! On se débrouille tout seul comme des grands depuis 23 ans! Juste de la sueur tous les jours et des abonnés toute l’année! C’est comme ça et on n’en tire aucune gloriole!

Sauf que notre expert en économie Monsieur Bénichou ne peut ignorer que son “ami Max Callegari” du Logis du Guetteur aux Arcs et tous ses copains du “club de la gastronomie du Var” ponctionnent l’impôt des varois pour financer leur association de restaurateurs en mal de reconnaissance et ce grâce à la complicité d’amis politiques! Hé ouééé… Via la branche “tourisme” du Conseil Général qui arrose la pantalonnade! Pendant 20 ans, les disparus Maitres-Restaurateurs varois auront siphonné la tirelire de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Var! Des gueuletons entre restaurateurs aux frais de la princesse! Et hop! C’est reparti avec le “club de la gastronomie du Var”! Autrement dit Max Callegari du Logis du Guetteur aux Arcs, “l’ami” de Monsieur Benichou, est un criant exemple de la gabegie dénoncée crânement par lui-même!

En conséquence Monsieur Bénichou, je dis qu’insulter de “torche-cul” un guide comme le BàO qui ne mendie aucune subvention à qui que ce soit alors que vous soutenez aveuglément des assistés par l’état comme Max Callegari adhérent au “Club de la Gastronomie”* tout en éructant de belles hypothèses économiques quant au gaspillage des impôts et à leur supposée meilleure utilisation selon votre opinion: c’est vulgaire.

Olivier Gros


LE MB2
11 boulevard Jean Jaurès
83300 DRAGUIGNAN
Tél.04.94.39.52.09
43.5367058,6.4673719

* Le statut de Maitre-Restaurateur dont bénéficient les impétrants du Club de la Gastronomie du Var permet d’avoir un crédit d’impôt de 30000€ sur deux années. L’association elle-même bénéficie de subsides, notamment du Conseil Général du Var (branche tourisme).