BAO : 43

CHEFS AUX DOIGTS SUR LA COUTURE.

Pour certains chefs un brin chatouillés par l’ambition et l’autre brin chatouillés par un ego surdimensionné, les conseils ou plus exactement les oukases de Gantié sont à prendre au sérieux. Un peu à la manière d’une parole d’évangile. Et tout le monde sait dans le landerneau des toques que le Gantié a juré notre mort; Au point d’aller répandre l’idée saugrenue que de se retrouver référencé dans le BAO, les prive des guides institutionnels et même d’une certaine notoriété. On ne se savait pas si important. Du coup, on a pris la grosse tête. La même que tous ces chefs qui se croient investis d’une mission divine.

LE PRESTIGE CA SE PAYE!

Et du coup, ils nous écrivent pour nous avertir de leur intention ferme et définitive de ne plus figurer dans le BAO, même en bien. Le cas le plus rigolo et symptomatique est celui de Philippe Roldan de la Marmite des pêcheurs aux Mées. Voilà un chef, que nous avons soutenu pendant trois années successives, mettant en évidence ses qualités de cuisinier honnête, sans talents excessifs mais compétent dans son style de cuisine, qui nous menace de toutes les calamités terrestres s il venait à se découvrir dans le BAO. Gantié était passé par là. Comme si on ne pouvait pas figurer en même temps dans le Gantié et le BAO ! Quelques mois plus tard un journaliste de La Provence, dans une critique, lui taille un sacré veston ! Un de ceux qui vous habillent pour l’hiver sans que vous passiez inaperçu .Et bizarrerie de la coïncidence, La Provence appartient au même groupe de presse que Nice-Matin. Donc le même employeur. Il manque peut-être deux ou trois osmoses déterminantes entre les camarades rédacteurs pour que ce genre de bavure soit évitée. Bref, pour une critique moyenne dans un guide vendu au compte goutte, plus apprécié semble-t-il d’une presse locale ou régionale que du grand lectorat, Philippe Roldan se prive de l’appui d’un guide, certes populaire, mais très suivi, et endosse en prime une méchante flèche empoisonnée dans un quotidien tiré à plusieurs centaines de milliers d exemplaires. Merci Gantié ! Mais le prestige ça se paye ! Et se retrouver dans le Gantié c’est une sorte de must qui vous fait grimper d’un seul coup dans l’Olympe de la gastronomie. C’est la voie royale vers les trois macarons.

L’ORACLE A TOUJOURS RAISON !

Des exemples aussi ridicules que divers et divertissants, on pourrait en donner d’autres. Le cas De Michelis des Templiers à Vence est également révélateur. Voilà un chef que nous avons porté au pinacle, allant même jusqu’à le mettre en couverture, tant il nous apparaissait talentueux et qu’après le passage de l’oracle ou le grand vizir de Nice-matin, ce même homme trouve que le BAO n’est pas assez bien pour sa pointure et qu’il est profitable pour lui de ne plus y figurer donne l’ampleur des dégâts collatéraux et du pouvoir d’un seul homme qui détient tous les leviers de pression, dû essentiellement au monopole du quotidien niçois. Argumentant lui aussi que s’il voulait devenir le chouchou des médias et des guides prestigieux, il fallait bien faire des choix dont celui de ne plus figurer dans ce pauvre et indigent brûlot qu’est le BAO. Résultat des courses, dans une édition du Gantié, il s’est fait un peu limer les ailes. Normal, l’oracle a toujours raison. Et puis pour finir, il y a eu le coup de fil du directeur du Miramar à Théoule qui nous a rapporté carrément les bons conseils de notre ami Gantié. Suite à l’étonnement du chef de l’époque, Serge Gouloumès qui trouvait anormal de ne pas obtenir après tant d’années de bons et loyaux services au Miramar son macaron au “Miche”, Gantié lui a expliqué le pourquoi du comment et tous les rouages, pour ne pas dire les us et coutumes du guide. En clair, c’était à cause du BAO. Serge Gouloumès, ne voyant toujours rien venir du coté des macarons et de la sainte bible, bien après son absence chez nous, s’en est allé ailleurs faisant porter la responsabilité à sa direction de cet état de fait. Le BAO n’y était donc pour rien car même en faisant acte d’allégeance au pouvoir absolu et sans partage, l’étoile ne leur est pas tombée dessus. Dommage ! On finissait par croire nous aussi qu’on avait un certain pouvoir. Et ça donne quelques sensations agréables et fortes.

Paul Bianco