L'OS ET L'ARÊTE du Bouche à Oreille n°80 Déc 2011

PIERRE PSALTIS DE LA PROVENCE

LE JOURNALISTE QUI FAISAIT

L’APPUI ET LE BOTTIN

ON AURAIT VOULU LE FAIRE EXPRÈS…

Ah ben ça, c’est rigolo! Nous déjeunions à “La Petite Maison” à Cucuron. Savez-vous sur qui nous sommes tombés? Pierre Psaltis! Oui, c’est ça! L’employé à la prose gastrono-mondaine du journal “la Provence”! Difficile de ne pas reconnaitre sa frimousse de testeur anonyme vu qu’il la trimballe à tire-larigot en photo et vidéo sur Internet! Héhé! Alors que de notre côté nous étions dans le confortable anonymat du repas à nous régaler sans mesure, lui est arrivé, le pas un peu pressé des gens qui ont pleins de choses à faire. Il ira saluer le chef en cuisine comme un ami de toujours, puis s’installera seul à une table réservée. Non sans étaler de façon ostentatoire sur sa droite carnet, stylo et appareil photo, penché comme un premier de la classe en bas tout devant dans l’amphithéâtre, à griffonner toutes les 30 secondes des trucs, à régler une huitième fois l’objectif de son appareil photo qui n’en possède pas. Ben quoi? Qui c’est le pro? Ah bon? On doit être discret quand on est pro?

AMABILITÉS RÉCIPROQUES

Tu parles qu’on s’est poilé! Le chef Eric Sapet aussi je crois bien, même s’il était averti par avance de sa venue. Notez qu’ils se connaissaient déjà. Ce chef a beau afficher comme un certain détachement avec la notion de communication, la pub c’est toujours bon à prendre. Surtout sous forme de reportage. Que celui qui s’en priverait me jette la première fougasse trop cuite! Bref! Comme un retour de politesse, le chef apportera à lui seul son plat, en main propre. Les 15 autres attablés en terrasse n’auront droit qu’au maitre d’hôtel… par ailleurs très bien! Aussi et c’est important, Psaltis payera son addition à la fin! On a tout vu avec nos vieux yeux! Puis après le repas, un photographe est arrivé comme s’il attendait derrière la porte: prise de plans, poses, bouges ton corps coco, monte ici, va là, hopopop… le petit oiseau va sortir.

FIN DE PARTIE

Avec Mauricette nous étions contents. Le test de Psaltis fut certes effectué à visage découvert, mais le repas payé par son journal. Et puisqu’il faut quand même en parler, “La Petite Maison” d’Eric Sapet à Cucuron (84) est vraiment un excellent restaurant. Ce remarquable cuisinier n’a pas vraiment augmenté ses tarifs depuis la récente obtention de son étoile, bravo. Nous nous régalâmes donc, et partîmes guillerets non sans penser que finalement tout ce qui était dit dans les médias n’était pas faux puisque vécu par nous “in situ”. Sans doute prochainement dans “la Provence” ou une de ses émanations nous lirions ce qui sera un joli coup de main donné à Eric Sapet, un appui.

GRATIN DE COURBETTES

Le lendemain je vais sur le site Internet de Psaltis. Et là, que lis-je? Un rédactionnel comme quoi une autre célèbre adresse “Le Clos de la Violette à Aix en Provence fête ses 25 ans d’existence”. Force détails du moment d’exception qui aura lieu prochainement au moment où j’écris. Description du menu à venir, etc. Après tout cette table étoilée aixoise fait ce qu’elle veut. Définitivement sacrifié sur l’autel de la presse industrielle aux ordres des roitelets de la tambouille locale, le laudateur Psaltis force sur le crayon, a du mal à passer la seconde, montre comme une certaine gêne dans l’élan élogieux. En clair: ça fleure bon le dossier de presse déposé sur son bureau avec le rédac’ chef qui insiste “hého Psaltis? Faut en causer dans le journal coco: Banzo est un ami.”. Psaltis s’exécute… et ne mangera pas! Normal puisque l’article précise que “les invités (seront) triés sur le volet”. En tous cas, cette instrumentalisation de la presse qui joue les bottins mondains avec les toques en vues n’est pas faite pour éclaircir le ciel très encombré de la crédibilité des critiques gastronomiques.

LE “CLOS DE LA VIOLETTE” SE PAYE NOTRE BINETTE!

La semaine fut encore plus cocasse que vous le pensez! Hasard du calendrier, il se trouve que nous avons déjeuné la veille de notre repas à Cucuron au “Clos de la Violette” à Aix, chez Banzo, l’étoilé Banzo, le fameux Banzo! Le 27 septembre pour être précis. Ce fut non seulement très moyen pour le prix, mais honteux par instant, comme au moment du dessert***.

MÉLANGE DES GENRES

S’il est compréhensible qu’un chef d’entreprise comme Banzo joue de tous les leviers relationnels pour faire tourner son affaire (il a beaucoup d'”amis”), nous trouvons bien triste qu’un journaliste accepte de jouer avec complaisance les passe-plats de l’élite de la cuistance en annonçant des non-événements, des non-informations. En effet: rien de tel sous couvert d’information que la promotion des amis du réseau. Psaltis n’est pas à son coup d’essai. Malgré le nombre de restaurants de qualité sur Marseille et autour sur lequel on attend qu’il donne son avis, Psaltis prend le parti de pondre des lignes conniventes au service de la grosse cavalerie régionale dans des commentaires qui servent l’annonceur et non le lecteur. Comme d’habitude le propos paraitra moralisateur à certains, poil aux mains. Peut-être sont-ils les mêmes à geindre que le lecteur déboussolé confond information, rédactionnel et publicité.

Olivier Gros et Damien D.

ecoljour