LA BIBLE ROUGE ET LE DEVOT DES FOURNEAUX

Le hold-up du “miche” jetant ses brassées d’objectivités sur les esprits consentants continue. Voyez plutôt. Ya déjà un p’tit moment, j’ai mangé à “le clocher” à Bandol. C’est d’ailleurs plutôt bien, mais là n’est pas le sujet. Le cuisinier et propriétaire d’ici trouve “le Bouche à Oreille” pas “représentatif”. Ah bon ? Mais représentatif de quoi ? Et votre cuisine, de quoi elle est représentative hein ? Pas de réponse. Pour l’instant…Car un peu plus loin dans la pantalonnade, il se penche vers moi et glisse dans un sourire de contrebande : “le Michelin est venu chez moi”. Et alors là, il se redressa fièrement, son visage s’illumina et son regard se troubla en regardant l’horizon du mur d’en face son restaurant. Viva ! Hosanna ! Youpi ! A y est ! L’apparition divine ! “IL” est venu chez moi ! “IL” s’est assis là ! Comme d’autres, ce cuisinier idolâtre le “miche” façon groupies qui adorent la star : elle est rare, inaccessible, imprévisible, distante voire décalée des réalités. Bref, un besoin d’être à la dévotion d’une espérance plus ou moins chimérique. Tandis que le cobaye du Bouche à Oreille répond au bonjour en entrant dans un restaurant, ne calcule pas son taux de froideur et sa distance psychologique à l’égard des personnels, paie sa note, et salue volontiers en partant, mais ça dépend s’il est content. C’est simplement un humain qui fait un boulot d’humain, sans inflation d’effets. Mais le problème, c’est qu’il fait partie de la réalité qu’on voit tous les jours. Alors vous comprenez, le Bouche à Oreille n’est pas divin. Et ne fait rien non plus pour l’être. Passons. Qu’on les aime ou pas, le dieu “miche” et sa vingtaine de messie-inspecteurs existent, et c’est comme ça. Mais ils ne règnent en grande partie que grâce aux chefs qui les vénèrent. Ainsi, la “bible rouge” n’a plus qu’à entretenir sa légende en programmant le miracle de la période des promotions d’étoiles ou de logos en tout genre sur ses pages saintes. Le fabricant de pneus Clermontois peut dire merci à ces véritables dévots des fourneaux.

Olivier Gros