L'OS ET L'ARÊTE du Bouche à Oreille n°40 Nov 2001

Feu sur Sammut tout azimut !

Nous ressentons parfois une toute relative sensation d’isolement dans le paysage national de la critique gastronomique. Je veux parler de celle de “la presse” habituelle. C’est que la profession de critique n’est ni facile, ni confortable. Et ne se confine pas au tartinage d’éloges. Beaucoup de confrères faux-frères excellent dans l’exercice, laissons leurre. De notre point de vue, le salut viendrait peut-être de la Suisse. Car voilà : “la Tribune de Genève”, gros tirage chez nos voisins helvêtes, montre d’une certaine façon l’exemple à nos journaux régionaux “bien de chez nous”, plus enclins à prodiguer des politesses courtoises que prompts à informer le lecteur. En point de mire du numéro du 4-5 Août 2001, on peut lire ce titre concernant la célèbre étoilée Michelin : “la cuisine de Reine Sammut manque vraiment de rigueur”. Reine Sammut, de La Fenière à Lourmarin. Plus exactement sise à Cadenet, mais Lourmarin sur la carte de visite, c’est sûrement plus classe. Bref, la suite : “la médiatisation n’est pas obligatoirement synonyme d’excellence”, “Moins de vent autour des tables et plus d’intérêt pour la cuisine ne serait pas un luxe”. Question assiette, la journaliste met les pieds dans le plat : “velouté de petits pois sans goût”, “foie gras trop sucré, écoeurant”, “les salades pas assaisonnées”, “salade incongrue”, “parfum de truffe inexistant”, et j’en passe comme “gâteaux orientaux trop sucrés et pâteux : on en trouve de meilleurs au kebab de la rue de Berne” et même pour conclure “elle ne daigne pas quitter ses connaissances pour dire au revoir aux clients”. Sur la même page, mais dans un autre registre, un alignage en règle des “Maîtres cuisiniers de France” : “beaucoup n’ont aucun talent” et “(ils) restent de terribles machos terrés derrière des préceptes d’un autre âge”. Et ben, ça rigole pas. Enfin si : nous, on ne s’en lasse pas. Reste quand même à vérifier que la rédaction de “la Tribune de Genève” soit aussi preste à dégainer le verbe quand elle est confrontée à la gastronomie suisse. Ce qui serait la moindre des choses…

Olivier Gros