L'OS ET L'ARÊTE du Bouche à Oreille n°89 Mar 2014

Les lecteurs historiques du “Bouche à Oreille” savent que nous relayons parfois (et rarement) dans nos pages des articles écrits par des personnes dont le combat et les idées nous paraissent justes. Aujourd’hui donc, un coup de gueule pas “fait maison”, c’est à dire non pondu dans nos propres services! De quoi s’agit-il? Dans le court avant-propos de son billet paru dans l’hebdo Marianne du 18 janvier 2014*, le multi-récidiviste “restaurateur-citoyen” Xavier Denamur dénonce les pratiques existantes dans bon nombre de cantines scolaires de la République. Il a adressé une lettre ouverte au maire de la commune dans laquelle son fils est scolarisé. Il y dénonce notamment la nourriture industrialisée et encourage les parents à suivre sa démarche. Parents d’élèves ou pas, nous sommes tous concernés par cette question d’éducation et de santé publique qu’est le contenu des assiettes des enfants. A vos stylos.

Olivier Gros

* http://www.marianne.net/Cantines-scolaires%C2%A0-parents-agissez%C2%A0_a235245.html

CANTINES SCOLAIRES:

PARENTS, AGISSEZ!

Au menu des municipales, la restauration scolaire devrait être un enjeu aussi disputé que la sécurité et les transports; il n’en est rien. Pourtant les enfants mangent mal dans les écoles de la République. On y sert une nourriture industrialisée au nom d’un principe de précaution sanitaire, souvent inspiré par les lobbies de la restauration collective et des industries agroalimentaires. La moitié de ce qui est servi passe à la poubelle et les enfants sortent affamés? Une grosse partie des produits vient du bout du monde? Qu’importe. Seul compte l’illusion de remplir une mission de service public selon un cahier des charges plus technocratique que gastronomique.

Hormis quelques communes exemplaires, la plupart se contentent de mettre en avant l’utilisation de rares produits bio: à quoi bon si, ayant subi les mêmes procédés de fabrication qu’un produit standard, il est blindé de sucre, de sel ou de gras? La masse des communes sert une cuisine d’assemblage insipide souvent acheminée dans les réfectoires en “liaison froide” ou “chaude”. D’autres s’en remettent à un prestataire extérieur qui livre du pas cher, pas très sain et pas bon. Pourtant, les alternatives existent. Fournir une information claire sur les menus enclencherait des changements vertueux. Alors pour les municipales, engageons le débat!

Voici la lettre que je viens d’adresser au maire en charge de la cantine où mon fils est scolarisé. D’autres parents pourraient s’en inspirer, et l’adresser à leur maire ou à ses adversaires. Elle est libre de droits, duplicable, au moins 36 680 fois…

Monsieur le Maire,

Quatre fois par semaine, mon fils déjeune à la cantine de l’école de Calignac et je ne sais pas précisément ce qu’il mange. On me jure que les menus sont composés en fonction de recommandation de nutritionnistes de manière à être parfaitement équilibrés. On me rassure en m’expliquant que les exigences sanitaires sont strictement respectées. Mais sur l’origine des produits, on ne me dit rien. Pourquoi la légitime exigence de transparence sur le contenu de nos assiettes doit-elle s’arrêter à la grille des écoles?

La veille des vacances de Noël, je me suis décidé à parler à Jacqueline, notre cantinière. Tous les lundis matin, elle s’évertue à communiquer les menus de la semaine, afin que les parents adaptent les leurs. Je lui ai donc soumis l’idée de préciser, en face de chaque plat, le type de produit utilisé pour sa préparation. S’agit-il de produits bruts et frais, cuisinés sur place, autrement dit du “fait maison”? Est-ce des boites? Des surgelés? Du poisson sauvage ou pas? Des produits déshydratés, comme les poudres pour flans ou les flocons pour purées? Des “mijotés d’usines”, juste réchauffés, type nuggets de dindonneau, hachis parmentier ou autres lasagnes bolognaises à base de minerai de viandes plus ou moins authentifiées? Ces précisions me semblent au moins aussi importantes que des informations concernant la variété des produits proposés. En effet, ayant à cœur de ne pas servir à mon fils des pâtes-saucisses deux fois dans une même journée, je souhaite également lui éviter de manger une double ration de légumes en boites ou d’œufs industriels.

A Jacqueline, j’ai donc donné l’exemple d’un menu qu’elle sert régulièrement, ainsi libellé :

Macédoine de légumes-Poulet rôti et jardinière de légumes-Crème dessert

lui suggérant d’indiquer désormais:

– Macédoine de légumes (boite Maingourd)

– Cuisse de poulet rôtie (surgelé, élevage batterie France Phoceor)

et jardinière de légumes (surgelé Daucy)

– Crème dessert (poudre Unilever)

Jacqueline était d’accord sur le principe, sous réserve d’obtenir votre feu vert.Cette décision, si vous la prenez, aura plusieurs vertus. Pleinement informés, les parents pourraient adapter leurs propres menus. Ils pourraient aussi souhaiter que les plats servis à la cantine proviennent, autant que possible, des bons producteurs locaux pas forcément plus chers, comme les poulets de la ferme de Cabier à Laplume, les œufs bio de la ferme Borde haute de St jean-de-Thurac, les produits laitiers de la ferme Les flots blancs ou la viande porc de la ferme Chapolard à Mézin, les légumes et les fruits de fermes de Calignac et de ses environs. Enfin, ils pourraient encourager Jacqueline à cuisiner des plats avec des produits bruts et frais. Pourquoi se priver d’une décision simple qui favoriserait l’économie locale, encourageant le travail bien fait et bénéfique pour la santé des enfants?

J’ajoute qu’en cette année électorale, cette décision politique ferait école, diffusant dans toutes les communes le goût de la transparence. Naturellement, je reste entièrement à votre disposition pour vous accompagner dans cette démarche citoyenne.

Bien à vous,

Xavier Denamur

www.vegr.fr