ÉDITO BàO 102

LA GRANDE BOUFFE

Le cocasse, c’est que nos multiples détracteurs nous considèrent depuis 27 ans comme un guide d’arrière-garde vieillissant alors même que sous des airs décalés et rigolards, « le Bouche à Oreille » fait un travail sérieux au présent de l’indicatif. En tous cas si l’on observe les sérieuses retombées pour le bon restaurateur. Et puis il faut le dire: ce qui dérange, c’est qu’on paye notre repas, qu’on utilise notre voiture aller-retour et au final, qu’on parle de ce qu’on mange. Contrairement aux blogueurs (euses) errants dans la jungle du mondo-gastro à la recherche du modèle économique parfait qui n’existe pas. Et contrairement aux annuaires complaisants et autres professionnels du catalogue déguisés en « guides ». Aucun miracle quant à notre succès: juste des lecteurs, beaucoup de lecteurs. Entre la version papier et le site Internet, notre quantité d’utilisateurs fidèles (ou pas) appréciant notre côté franc-tireur va croissant, comme dit mon boulanger.

Pourquoi? La règle du « Bouche à Oreille » a toujours été de ne pas faire de cadeau tout en se délestant de la diffamation et des insultes en tout genre, en gardant à l’esprit que la langue de Molière est suffisamment riche et variée qu’on pouvait s’exprimer dans la diatribe en conservant un minimum de respect et de courtoisie envers sa cible et sans transformer sa prose en une lave à ordures. A ce propos, il est amusant de constater que Facebook est devenu le défouloir préféré des restaurateurs et de leurs poissons-pilote groupies qui n’aiment pas notre travail de guide qui teste tous les restaurants dont il cause. C’est pas des manières, de quoi je me mêle. Alors menaces et compagnie. Quand on voit comment écrivent ces restaurateurs à notre propos, on comprend encore mieux leur cuisine et accessoirement, leur politique managériale.

En septembre 2000 quand notre webmaster appuyait sur le bouton « top départ » de l’ordinateur, on était loin de penser que notre site Internet allait remporter un tel succès. Ce que la génération papier pour ne pas dire « gratte-papier » que nous sommes ignorait à l’époque, c’est que le site Internet du « Bouche à Oreille » devenait ainsi le 1er site de restaurants créé en France, même si un essai avorté (très) coûteux pour nos finances avait déjà eu lieu en 1995*. Après septembre 2000 et comme toujours, alors que « les débroussailleurs » avaient fait le boulot, « les suiveurs » arriveront en rangs d’oignons. Comme toujours. Certains ont même disparu, souvenons-nous: Cityvox bouffé par Linternaute bouffé par TripAdvisor qui, pour ne pas se faire bouffer a bouffé La Fourchette. Bref: « la Grande Bouffe » entre vampires capitalistiques en attendant le prochain ogre.

Olivier Gros


* Hommage ici à Max Derouen, heureux webmaster retraité.