ÉDITO du Bouche à Oreille n°90 Juin 2014

TRIPADVISOR, LINTERNAUTE, CITYVOX…

LA CENSURE POUR L’ÉCHAFAUD

(LA LIBERTÉ SE FAIT LA MALLE)

Ça ne sent pas bon, en ce moment. Quelques chefs parfois prompts à porter l’étendard de la liberté d’expression (surtout pour les autres) et qui suintent devant des journalistes que « toute critique est constructive » sortent les griffes et dégainent les avocats quand ils se font épingler sur un site de contributions comme Tripadvisor, pour ne citer que le leader du moment. La plupart des chefs référencés sur le Michelin ne supportent pas la critique! Surtout de la part de mécréants incultes de clients qui ont pris la peine de payer leur repas! Comme pour se protéger, ils brandissent alors généralement le fameux Guide Rouge comme un parafoudre contre les critiques des ignares de la chose cuisinée! A coups de menaces et parfois de procès, les toques obsédés du contrôle de la communication de leur petite entreprise soit pas eux-mêmes, soi par un sous-traitant (les fameuses agences de notoriété) font avancer dans les esprits une possibilité de censure concernant les avis sur les restaurants.

Les chefs et leurs syndicats inutiles ignorent sans doute que la nature a horreur du vide. Question: pourquoi existent les sites de contributions comme Linternaute, Cityvox, Tripadvisor et les autres? Si les historiques « guides de restaurants » comme Michelin, Gault et Millau, pour ne citer que les têtes de gondoles, n’étaient pas complices des restaurateurs pour fomenter un complot ourdi de copinages de moins en moins dissimulés pour alpaguer le client et le précipiter dans le piège de la fausse information, on n’en serait pas là. Escroqué, le client pioche désormais son information ailleurs, où l’herbe est peut-être plus verte. Elle ne l’est pas, mais au moins, on y trouve plein de copains lassés de la supercherie des guides papier institutionnels.

Sur un site fort instructif, on peut lire un constat expert: « Les dérives existent car il n’y a pas de contrôle. Tripadvisor fait 694 millions d’euros de chiffre d’affaires et 150 millions de bénéfices par an. Cela veut dire que quand un contributeur laisse un commentaire, cela rapporte 14 euros à la société. Tripadvisor a donc les moyens financiers pour vérifier la qualité du commentaire. Mais Tripadivsor reste la grande muette du net. Autrement dit, ce site devient la poubelle du web. »

Paranoïa et mauvaises habitudes des guides données aux chefs qui « refusent leur étoile », et liberté d’expression amputée: Tripadvisor refait sortir le spectre de la censure. Qu’on lui coupe la tête!

Olivier Gros