ÉDITO du Bouche à Oreille n°60 Déc 2006

À PROPOS DE NOTRE INTÉGRITÉ

LA BAO: COMMENT ÇA MARCHE?

Un media mou et sans grand caractère affiche une courbe de ses détracteurs presque plate voire nulle, chut, dormez tranquille. Quand le media dérange, prend des positions, fait des vagues, s’il est crédible, relate des faits et du vécu, la courbe des admirateurs grimpe… mais est suivie à la trace par celle des détracteurs: c’est notre cas. Ces opposants à notre travail (souvent liés à quelques restaurateurs épinglés) nous trouvent tous les défauts de la terre, nous affublent des pires vices: copinage, trucage, faut payer pour avoir une bonne critique bref, magouille et compagnie. Bien sûr, le BàO s’est maintes fois expliqué sur la question de son financement. Mais je ne résiste pas à l’envie de (re)faire parler Paul Bianco, fondateur du guide, qui dans un de ses éditoriaux expliquait déjà la mécanique à qui voulait bien l’entendre. Oui: nous vendons nos guides! Y compris au restaurateur méritant! Avec un référencement positif dans nos pages, il bénéficie ainsi d’un support « très porteur » comme on dit dans les écoles de commerces. Car figurez-vous que comme toute entreprise, le BàO possède un comptable et un banquier. En clair: dans la presse dite indépendante, difficile voire impossible de vivre d’amour et d’eau fraîche. La suite ci-dessous.

Olivier Gros

« […] on est des stipendiés qui alléguons mauvaises critiques ou bonnes critiques selon le poids de sous qu’on aurait reçu[…]. Sommes-nous des « vendus » des « achetés »? Si c’était le cas, quel serait notre avenir? Depuis que nous existons, quel serait l’impact auprès des lecteurs? Nul! La valeur marchande de notre journal tient à la valeur de son information! […] Depuis le début de notre affaire, on a bien su séparer la partie recette de la partie rédaction. L’une ne conditionne pas l’autre. La liberté totale de nos informations et la meilleure garantie de notre pérennité et de l’intérêt que nous offrons à nos lecteurs. Car c’est bien lui qui nous fait vivre. C’est lui qui fait la réputation du journal. C’est lui qui adoube nos testeurs en véritables journalistes, sérieux, crédibles et incorruptibles. Le problème des rentrées d’argent est le même pour tout support. S’il y en a: il vit. S’il n’y en a pas ou peu: il enterre son titre sous une montagne de dettes. Nous, on n’a pas de dettes! Original non? L’équation est on ne peut plus simple. Pourquoi échapperions-nous à cette règle? Peut-être croyez-vous cher lecteur « raisonneur et fûté » que nous touchons des subventions? De celles qui permettraient de faire le joint? Dans ce cas, ça serait bien pire! Où se trouverait notre autonomie, notre liberté de ton? De ce dopage intellectuel, on n’en veut à aucun prix! On n’est ni un journal publicitaire, ni un journal subventionné! On est simplement un journal basé sur la sincérité, qui cherche de bonnes tables à offrir à ses lecteurs! De les suivre au plus près -c’est souvent difficile- de les promouvoir suite à un test convaincant, de travailler avec eux sans la moindre concession (demandez-leur)[…] Quoi de scandaleux là-dedans? […]nous n’avons pas de publicité, pas de subventions […] comment pourrions-nous exister? Merci de nous donner quelques idées, si vous en avez. Ce serait comme un club de bons restaurants qui communiqueraient à travers un organe de presse à grande diffusion. Mais avec une sélection impitoyable sur le choix des adhérents.[…]Pour faire des sous, il y a mille manières plus intéressantes que celle qu’on a choisi avec « le Bouche à Oreille » qui demande beaucoup de droiture, de travail, d’abnégation de temps et de passion.[…]Combien de restaurateurs ont essayé de nous acheter sans avoir la moindre satisfaction? Combien ont téléphoné pour avoir un article dans notre journal, connaissant les règles, mais dans le secret espoir d’y figurer en bonne place [Paul Bianco cite ici des noms de restaurants qui depuis ont changé de propriétaire NDLR]. Il était pourtant simple pour un esprit mercantile de leur demander s’il désiraient « un plan de communication ». […] Qu’on ne soit pas d’accord avec nous, qu’on nous déteste, rien de plus normal, mais qu’on nous accuse de tremper dans quelques arrangements, ça, ça tient de la diffamation et de la non-connaissance de notre philosophie.« 

Paul Bianco

Larges extraits de l’éditorial du N°27 de septembre 1998