ÉDITO du Bouche à Oreille n°74 Juin 2010

HUÎTRES EN AOÛT ET MIEL CHINOIS

Deux informations loin d’être anodines, recueillies dans une même journée. L’amateur d’huitres peut désormais s’empiffrer toute l’année (et pas seulement les mois en « r ») d’huîtres « 4 saisons » appelées « huîtres triploïdes ». Bio-technologiquement manipulée, il s’agit d’huitres rendues stériles, sans laitance. Petit détail technique: l’ostréiculteur qui élève l’huître triploïde est dans l’obligation d’acheter au laboratoire ses « graines d’huîtres ». Autrement dit, les ostréiculteurs se retrouvent dans la situation des agriculteurs dépendants des semenciers au lieu de l’être de l’environnement naturel, du milieu. Certains observateurs font d’ailleurs remarquer que les triploïdes seraient à l’origine de l’importante mortalité des huîtres juvéniles nées dans les parcs. Merci à IFREMER. Grâce à lui, nous aurons toute l’année des huîtres! Génial! Tout le temps! Comme le saumon! Le foie gras! Les tomates!

Plus loin dans la journée je filais du côté de Salon de Provence (Grans pour être précis), pour me procurer l’excellent miel d’un apiculteur consciencieux et heureux, Sylvère Bru (miellerie des Eyssauts). Combien de temps le sera t’il? Une fraction très élevée d’abeilles meurent. Il me dit que la raison précise de l’hécatombe est encore trouble, mais que la pollution rémanente du sol tiendrait la corde des probabilités. Aussi, il m’apprend que sa profession est en concurrence économique avec des miels d’importation comme celui d’Argentine, qu’il précise de qualité. Mais aussi avec le miel chinois. Qui lui est souvent un miel de synthèse. Oui: un miel fabriqué chimiquement! Avec du sucre ajouté! Infiniment moins cher que le miel des abeilles! Notez bien que je n’ai rien contre les abeilles chinoises! Mais ce ne sont pas elles qui bossent! C’est le chimiste! On trouve ce miel douteux dans les rayons de nos grandes surfaces, et à des prix d’ailleurs souvent supérieurs que ceux de l’apiculteur. Mais qui connait le « prix de marché » du miel?

Sinon, « Le Bouche à Oreille » entre dans sa 20ème année. C’est pas rien! Nous aurons résisté jusqu’alors au gavage de publicité dans nos pages, aux dossiers de presse des restaurants trop bien ficelés pour être honnêtes, aux pressions de notre banquier, aux pressions des « groupes de pression » liés au monde de la restauration, aux menaces en tous genres, aux compromissions qui sentent pas bon et même aux hépatites! Pour l’heure et sans ambigüité, « Le Bouche à Oreille » n’est toujours pas fabriqué chimiquement et reste entièrement sans OGM.

Olivier Gros