Ô Pad Thaï

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Ouéééé… un thaï! Que la façade soit en travaux n’est pas tellement gênant.

Ce qui chagrine d’emblée, c’est l’ardoise blanche gribouillée au marqueur posée au sol. Champollion en perdrait son latin. J’ai donc spéculé sur une hypothétique formule du jour illisible. Dedans, c’est neuf. Après la porte, le comptoir. Puis un couloir qui fait passer devant la fenêtre de la cuisine où le cuisinier vous fait risette. Ça change de madame à l’accueil qui porte sa croix, aussi amicale qu’un parcmètre dans sa fonction mécanique blasée. J’arrive au fond… salle au sol coloré vraiment curieux, psychédélique orange mangue et rouge grenadine. Ça n’ouvre pas l’appétit. Salle éclairée par deux formidables puits de lumière qui inondent la salle d’un soleil pré printanier: on se croirait à Phuket en Thaïlande! Sauf que point de vue assiette, on est surtout à Hô-Chi-Minh-Ville au Vietnam malgré le sobriquet du resto. Un grand classique stratégique des restaurants sino-vietnamiens qui ont pris du plomb dans l’aile, alors ils surfent sur la tendance modeuse de la cuisine thaïlandaise.

On conserve l’obsession des plats photographiés, on glisse deux ou trois plats thaï dans la carte qui en comporte une trentaine et hop! Le tour est joué! Bref! La formule du jour? La dame est aussi limpide dans l’explication que son ardoise dehors! Rien compris! Et elle ne fera pas d’effort pédagogique! Alors toi t’es là assis ouvert au monde et quand tu demandes un peu d’explications avec de grands sourires alors l’autre se ferme comme une huitre qui montre que mes questions la gonflent! Alors je me suis lancé à l’aveugle. Bonne idée vue le sol. Arrive une grande assiette avec tout le menu dedans. Vas-y Paulo, envoie la purée! C’est la mode du « tout-en-un » inaugurée voilà un bon moment par un précurseur dans la ville. Deux nems d’un redoutable commun (11/20), une bonne salade de poulet aux légumes frais du jour (13/20). Voilà pour le froid volontaire.

Le froid involontaire: canard laqué qui est plus sûrement un moineau laqué. Comme toujours recette très éloignée de la véritable: une marée d’un sirop sombre inonde le micro-magret! 10/20. Le riz, trop tiède à force d’attendre, est pourtant une réussite. Comme un riz cantonnais aux crevettes, frit et grassouillet. Bon! Le plus thaï de l’assiette: 14/20. Voilà. 14€ avec boisson au choix mais je n’apprends ce tarif qu’au moment de payer. Pour une cuisine vietnamienne, vous pouvez. Pour une cuisine thaï, vous pouvez éviter. Rien à voir: le nom du restaurant est trompeur! J’ai bien ri avec les deux copines d’une table voisine « c’est bon hein Martine… j’adore mon bobun… c’est vraiment super la cuisine thaï ».