L’Oie Qui Boit

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L’OIE QUI BOIT restaurant Carcès – 15 jours avant le jour du test, j’y entrais la fleur au fusil à 13h09. On me refoulait sans état d’âme: trop tard, on ferme. Aujourd’hui j’ai réservé par téléphone: « on ne prend plus de client à 13h ».

Hébé dit donc. In situ, le chef sorti en salle fait comme s’il ne m’avait pas vu, histoire d’économiser sa politesse. La directive dame essaye d’être douce mais ça ne marche pas tellement, on sent la retenue et le manque de naturel. Enfin bon. Voyons comment on mange avant 13h. Un menu à 36€ (quand même) avec formules possibles: 4 entrées, 4 plats et 4 desserts. Ça doit être mariole de cuisiner tous ces plats dans une cuisine deux fois plus petite que ma salle de bain, et je n’habite pas Versailles. Un sentiment mitigé m’envahira, Marinella. En effet, que penser par exemple du crumble de sardines ou du filet de St-Pierre crème de lavande, congelé+after-shave? J’aurais pu être tenté par l’onglet de veau aux girolles, mon voisin le prend. Chérot pour le morceau de viande que j’ai vu. Enfin bon.

Proposé en suggestion avec aussi une salade vosgienne, j’ai visé le « pâté lorrain », la possibilité d’une idylle naissait. La lorraine, origine probable du cuisinier. J’ai un faible pour le plat de terroir, il raconte souvent une histoire, est le reflet d’une culture, parfois même exprime l’état d’esprit des gens qui le font. Aïe. Un rectangle de sous-traitance du style de ce qu’on fout dans les assiette de cantoche des gamins qui n’ont pourtant rien demandé et qui veulent pourtant juste qu’on les aime. De la pâte feuilletée éteinte, sans beurre et mollasse du col, elle se décolle entièrement d’une sorte de farce illisible tassée et nerveuse. Le machin est sorti du sachet et passé au micro-onde, puis servi tel quel. Un étouffe-chrétien de 1er ordre qui vous emboucane la colonne montante. Je voulais demander de la moutarde pour m’en servir comme lubrifiant mais les patrons ricanaient en cuisine. Faut dire que c’est drôle. La salade verte, ornée de trois tomates-cerises et de graines de je ne sais quoi ainsi que des échalotes ciselées, fait mieux son job, ya pas d’mal. 5/20 ce pâté miséreux indigne d’être servi dans un restaurant traditionnel. Ah oui. Facturé 15€ avec le dessert du jour ou glace.

La patronne: « aujourd’hui on n’a pas été livré en dessert car le camion est tombé en panne ». Argument rigolo non? D’ailleurs curieux car le dessert de mon voisin (celui de l’onglet) semble maison même si réchauffé au micro-onde. Diiing! Bref: pour moi deux boules de glace de la maison « glace des Alpes » pas mal même si très sucrée. 13/20. Entretemps, un couple de sexagénaire entrait: « faites-vous des menus végétariens? » « non madame mais on peut vous faire une salade verte avec des pommes de terre ». Le couple décline, il a compris à qui il avait à faire. Et là, la patronne sort un dernier argument pour les rattraper par les bretelles, ça vaut son pesant de brocolis: « on ne fait pas de légumes parce qu’on ne travaille que des produits frais ». Allez hop, je lève le camp: j’en ai assez vu, entendu et mangé.