Les Planches

0.5

Changement début 2019. D’emblée, l’idée d’un véritable restaurant est concevable.

Sauf que la dame de la nouvelle direction vous accueille sans vous accueillir, vous passe devant le pif sans faire halte. J’ai même cru que c’était une simple cliente qui passait, c’est vous dire le détachement. Enfin bon. Esprit de bistrot cultivé avec la liste des flacons sur les ardoises et côté gauche, les étiquettes de référence en rayon. Traumatisme du cobaye à lecture de la carte: 17 plats ou entrées avec parfois flambants intitulés! Œuf poché à la truffe, tataki de bœuf et wakame, poke bowl thon et saumon, dos de cabillaud beurre de chorizo, médaillons de filet de veau aux morilles… et « suprême de poulet fermier en croute cacao épicé, fruits rouges ». La classe non? Voilà qui vous envoie sur orbite le fantasme à papilles! Ça va être savoureux, du copieux à s’en faire péter la contrebasse.

L’assiette est amenée par le cuisinier, elle est triste comme un hiver sans neige. Le suprême est un monobloc, comme pané: la préparation est directement tartinée sur la peau épaisse et molle du volatile. Alors tu racles ce que tu peux racler, tu enlèves la peau du bestiau pour découvrir la chair juteuse d’eau. Le pire est finalement ce qui est abusivement appelé par la serveuse-patronne « pommes de terre grenaille sautées ». Des patates brutes de taille moyenne comme cuites à l’eau à la peau molle, desséchées par le multi-réchauffage au four. Immangeable. Où sont les fruits rouges? Allez savoir! Peut-être dans la sauce froide incernable servie dans une casserole de dinette. Pour signer le triste chef d’œuvre, le cuisinier pose une fleur, une pensée, ça devrait plaire aux utilisateurs d’Instagram qui mangent des clichés. Bref! Alors que je vous dise le tarif de cet assiette hold-up: 23€! Rien que ça! 8/20.

Pour me flinguer définitivement le moral, le couple d’anglais à ma gauche gémit des « haow it’s marvelousse » à chacune de leurs bouchées et en face, trois types parlent forts en s’enfilant des hamburgers à 21€. A la fin quand je tapais mon code de CB, la dame me dit « houlala on était à la bourre ce matin on a eu un reportage d’un guide avec des photos tout ça… ». Je demande: ils ont mangé? Réponse: non. Il en va ainsi du petit monde de la gastronomie. Le restaurateur collabore avec des guides approximatifs qui ne mangent pas dans leur établissement… tout en geignant de l’opportunité faite au client de s’exprimer sur des sites comme Tripadvisor! Alors qu’il suffirait que les guides arrêtent de raconter des sornettes au consommateur de restaurants pour que Tripadvisor trépasse.