Les 3 P’Tits Singes

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Un resto de zone commerciale, ou industrielle, ou artisanale.

Je ne connais pas assez le canton pour vous livrer plus de précisions. Je sais juste que Mauricette avait faim, et quand Mauricette à faim, je tire le frein à main. Si c’est pour trimballer une tronche de six pieds de long jusqu’à la maison, je concèderais même une pause au MacDo. Bref! De dehors, ça ressemble à un hall de gare bien maquillé équipé d’un parking conséquent. Dedans, une trentaine de mètres de l’entrée jusqu’au comptoir d’accueil mais la serveuse fait l’effort de venir à vous. Remarquable. Alors bien sûr que je suis le centre du monde et Mauricette encore plus, mais l’opération répétée à longueur de jours/semaines/années est courageuse et professionnelle! En plus de fabriquer les gambettes de Zizi Jeanmaire dans Guinguette de Jean Delannoy (1959)! Bref!

Point de vue plats, on sent bien une contrariété du cuisinier: répondre à ce que demande le client dans un tel lieu ou le travailleur local vient se sustenter en indexant ses dépenses sur le ticket-resto, et une volonté de cuisine un poil originale. Ainsi le thon rouge (étonnant) décliné en plusieurs plats se frotte aux hamburgers et aux pizzas. Et puis les salades. J’attendais beaucoup de la « lyonnaise ». Ben ouai. Lyon est à un coup de mobylette d’ici. Alors forcément. Je ne m’attendais pas aux conventionnelles pousses d’épinards ou à du pissenlit, mais les feuilles de Batavia sont fraiches. Pour le reste: une avalanche de croutons pâlots et mous sortis d’un sachet éventé, une montagne de lardons (en sachet aussi) cramés d’un côté, et l’œuf poché. Au fond la vinaigrette trop huileuse, juste du gras. Il a fallu que le cuisinier mette une tomate de mauvaise qualité coupée en quatre pour jouer sur la déco. La tomate dans la salade lyonnaise, c’est comme le maïs dans le pan bagna: basta! Bref! Déception à 12,50€ et 10/20 grâce à la fraicheur de la salade verte.

A contrario, la dame au chapeau vert et à l’instinct sûr opte pour le « burger savoyard ». Reblochon, crème, oignons, salade, steak haché. Viande qui séduit, joliment colorée et saignante comme demandée. Le pain est un agréable pain brioché, léger. Frites maitrisées. Mauricette sanctionne son plaisir animal et buccal d’un 14,5/20 mérité pour 15,5€. Le pain est sérieux, le café correct. La terrasse est l’aubaine des clopeurs invétérés et le soleil de fin d’été rallonge le temps de bronzage des gambettes des secrétaires à lunettes Versace et celui des tonsures des VRP qui invitent les chefs d’atelier à déjeuner.