L’Endroit

1.5

Ça commence mal: au téléphone un jeune homme s’obligeant aux codes de l’amabilité obligée vous dit « c’est pas possible de réserver à 13h15 passque si on a personne, on ferme vous comprenez gnagnagna ».

Le genre de propos qui vous scie le fantasme, surtout avec une « nouvelle direction ». Sur place à 13h, personne dans le restaurant. Enfin si. Le jeune homme du téléphone un peu agité, volontaire adepte de la politique du cafouillage involontaire. Probablement un apprenti (il a 17 ans) et la salle est de son entière responsabilité. Il cause avec un détachement feint comme si j’étais son copain, explique laborieusement la carte, comment ça marche… Le midi, formule 18,90€ et menu 24,40€. Avec notamment un gaspacho, un faux-filet et nem de banane au chocolat. De prime abord, ça fait quand même un peu chérot. La carte: 6 entrées de 12€ (gaspacho) à 16,50€ (burrata), 6 plats de 17€ (burger) à 24€ (entrecôte charolaise) et 4 desserts de 8,80€ (tiramisu) à 11€ (moelleux).

Direct je vise « turbot rôti, mousseline de céleri et poivrons doux, sauce vierge ». C’est arrivé assez vite: je suis le seul client! Assiette dressée dans l’épure, c’est aussi ce qu’on dit pour être poli quand la générosité est absente. Les simagrées « gastro » dans une assiette froide, ça me fait toujours rigoler. Remarquez que je ne suis pas le seul: en cuisine, ça pouffe tout le service. Ambiance peut-être due au bizutage du jeune serveur, allez savoir. Bref! Filet de poisson mou avec peau épaisse flasque, immangeable, comment peut-on servir un truc pareil quand on se prétend cuisinier? Poisson gras d’élevage, le sauvage est hors de prix et hors-saison au moment du test. Courte vierge… cuite! Le chef prend des libertés! Une tranche de fenouil cru, deux demies tomate-cerise jaune et rouge, trois quenelles qu’une purée en trompe l’œil couleur carotte: belle idée de céleri au poivron doux. Pas de féculent. 11/20 pour 21€ quand même mes agneaux.

Dessert frais: « pêche blanche pochée à la sarriette et son jus en granitée ». C’est joli dans l’idée de dinette, assiette creuse et blanche avec une baie de cassis et deux groseilles qui flottent. Pas de granité (encore des libertés avec l’intitulé) mais un jus puissant qui rappelle le clou de girofle: la sarriette, faut y aller mollo. J’aurais aimé du pain avec mon dessert pour faire des mouillettes, c’est vous dire le copieux du repas. Mais passons. 12/20 et 9,40€: bing. Ça fait sérieux, calculé au plus juste, les centimes d’euros. Le serveur pressé de partir (j’avais compris à la réservation) me propose le café avec le dessert. Déjà dans une brasserie ça me gonfle, mais dans un établissement qui prétend jouer dans la cour des « gastro », ça me déclenche des aigreurs. Serveur qui m’avoue sur sa lancée que « c’est dur de travailler, on fait trop d’heures » et tant d’autres choses… Laissé en totale autonomie en salle, pas encadré. Si la direction est en cuisine, elle n’aura pas pris la peine de venir en salle, chacun son boulot. Spécialités: approximation intégrale