Le Bistrot

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C’est typiquement le genre de lieu qu’on apprécie dans un village où qu’il soit, de ceux qui mettent de la vie dans un village endormi.

Autant dire que j’y entrais avec un a priori positif. Un bar avec son patron rude derrière, des chasseurs en C15 rouillés mal garés et des forts en gueule mal rasés, des piliers pastissés vissés au bar et une serveuse dépassée dès trois tables installées qui mangent dans une salle en branle-bas de combat pratiquant avec décontraction le mélange des genres de clientèles. C’est d’ailleurs un client du comptoir qui fait remarquer à la serveuse en me montrant du doigt: « hé, t’as un client! » Bref!

La cuisine ne cherche pas le miracle, un magret à 18€ et un faux-filet à 14€ ainsi que 3 salades à 12€ et l’inévitable burger qui envahit (aussi) nos campagnes à 12€. Et puis le plat du jour « blanc de poulet, poêlée de légumes crème curry ». La serveuse accepte ma demande de quelques frites, histoire de savoir de quel bois elles se chauffent. La petite amène l’assiette. Quelques feuilles de salade fraiche polluées par trop de balsamique trempent dans la sauce au curry très liquide. Pas de frites. Elle a oublié. Ou le chef fait péter la loi. Mais des haricots verts foncés en conserve avec du poivron rouge. Sûrement la poêlée de légumes, faudra que je vérifie sur le Larousse Gastronomique. Le blanc de poulet est nerveux et duraille, pâle comme s’il était cuit au micro-onde. La sauce essaye de maquiller.

Devant le désastre qui me flingue le romantisme viril d’un moment de vie joyeux espéré au cœur d’un bistrot plein fer du Vaucluse sud-Luberon, j’ai calé dépité mon 8/20 pour ce plat du jour vendu 13€. Sinon, ya les infos TF1 qui passent à la télé, un billard américain avec des cartons de vins du Luberon posés dessus en compagnie des prospectus de la boite aux lettres, un couple de retraités allemands qui organise sa virée touristique du jour devant un écran d’ordinateur. Et un patron qui fait la tronche quand le client désire une facture officielle.