La Passerelle

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Je sais pas vous mais moi, la fragile asperge, j’aime la manger avec les doigts.

Alors quand j’ai vu arriver mon « duo d’asperges de pays, mousseline au siphon » maquillé comme un camion avec balsamique et pesto sur le dos comme si le cuisinier avait honte de les montrer nues, j’ai pigé que ça allait être la fête au sopalin qui me sert de serviette pour les mains. Je ne comprendrais jamais cette obsession du remplissage visuel, sinon la peur du vide et le manque d’assurance. Autant dire l’amateurisme. 4 blanches et 5 fines vertes, feuilles de salade fraiche avec une tomate (le cuisinier n’a pas pu s’empêcher), un verre de chantilly à la moutarde qui n’a pas le charme discret de la suave hollandaise. Du balsamique et du pesto, j’en ai donc plein les mains et les couverts. 11/20. La serveuse agréable comme un correspondant RSI au téléphone ne changera pas les couverts laqués au balsamique. Avec va falloir que je boulotte « médaillons de queues de lottes snackés, gnocchis à l’encre de seiche et soupe corsée ».

Une assiette creuse qui se croit au carnaval de Nice. Balsamique et pesto encore, il en pleut, pour approcher le centre de l’assiette tu t’en fous plein les manches! Dans le creux de l’assiette comme une bourride, 3 morceaux de lotte saignants à cœur. Et je n’aime pas le poisson trop cuit, c’est vous dire. Tomates-grappe confite (pfouuu) et en sous-marin dans la bonne soupe de poisson, un flan de légumes et champignons, et les gnocchi noirs. Laborieux. 12/20 pour l’idée mal construite. Pour le « moelleux au chocolat », pas de pesto ni de balsamique en vue. Des zigouigouis sucrés orange et rouge, un pet de Chantilly sinon t’as loupé ta vie, une portion d’un gâteau pour 4h d’écolier façon génoise tartiné de chocolat noir passé au frigo. La pâtisserie est un métier. Aussi. 9/20. Le pain est trop coupé d’avance et servi sec.

Les toilettes sont au fond après la plonge, ce qui nous fait traverser l’arrière-boutique. Pas très gênant car le plongeur est sympathique et s’excuse de la panne du sèche-main. Ce jeune homme à casquette ziva et avec barbe entretenue est le seul à bosser sérieusement et aime le travail bien fait et la netteté. Quand les serviettes en papier volent c’est lui qui les ramasse, il passe derrière ses collègues comme une voiture-balai, observe les verres lavés dans la lumière pour vérifier leur propreté, les range méticuleusement. Tandis que les autres, direction comprise joue les public-relachione avec la clientèle touristique qui s’étale le long de la terrasse sur la Sorgue. J’espère qu’il bénéficie de pourboires. Précisons que je déjeunais sur un menu à 25€, et qu’il ne s’agit pas du pire cas dans ce village où alternent brocantes et restaurants. Loin de là. Manque juste le savoir-faire! La volonté et le produit frais ne suffisent parfois pas.