Au Fil Du Temps

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Bé oué. J’y ai cru jusqu’au plat.

C’est que le jeune patron est avenant, visiblement rompu à l’exercice de la salle, convaincant pour faire croire que nous dans les petites rues, on n’est pas comme ces restaurants du bord de l’eau qui sont des escrocs. Ce que je craignais arriva, des doubles rideaux dissimulent les cuisines des yeux trop curieux… mais ne stoppent en rien pas le ding-ding caractéristique du micro-onde à moins que la Fée Clochette n’y fasse la fête! L’entrée était un « velouté de potimarron aux noisettes ». Je m’attendais à de l’huile de noisettes, juste une purée nature à l’eau avec trois noisettes en triangle qui flottent. Rebord d’assiette brûlants, trois points de balsamique en triangle pour décorer. Où suis-je mes frères? 13/20. Et puis le plat.

J’ai cru bien faire en choisissant « filet de dorade et ses petits légumes » au lieu de l’alternative « burger de poulet pané et ses frites ». Un filet décongelé traumatisé par une cuisson aride et sans gras, dans un style très « hospitalier ». C’est quand même dingue de servir sans états d’âme un truc pareil. Avec pour « petits légumes » annoncés, une brunoise crue de courgette, carotte et poivrons. Une macédoine en cru et sans gras non plus, à l’eau. Un peu de salade sur le côté et une sauce dans sa verrine comme un beurre citronné mais en raté. Confidence: je pense que je cuisine mieux, et pourtant. 7/20. Fallait prendre un dessert pour savoir de quel côté de la balance le bilan définitif pencherait. Alors « crème brûlée à la châtaigne ». Pas maison et très vanillée et ainsi gommé, le gout de châtaigne est aux abonnés absents. Déjà que ya pas de morceaux… 12/20.

Pas de café à 2,5€, merci. Le pain est bon. Les plus courageux pourront se frotter au menu-carte à 32€ avec rien de moins que 6 entrées, 7 plats et 6 desserts. Une cuisine qui ressemble à celle d’un cuisinier qui ne souhaite pas faire beaucoup d’heures parce que quand même, j’ai une vie de famille. A mettre en parallèle avec le confrère qui commence tôt le turbin, s’entoure de personnel compétent, choisit lui-même ses radis et tire lui-même ses filets de poisson au lieu d’ouvrir à 11h45 la porte du congélateur. Autre métier, autre business et pourtant: même code APE. Voilà, les statistiques ne sont pour une fois pas tellement respectées: ce n’est pas parce que la rue est discrète que la table planquée est un bon plan. Pas loin du zéro, encore un petit effort.