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La tarification du vin dans un restaurant à toujours été un sujet qui fâche dans les rangs de la clientèle. Rare, ceux qui vous diront que le prix du vin dans les établissements huppés ou pas, joue la carte de la modération. Les plus au faîte des pratiques tarifaires hors de propos vous diront que les coefficients des restaurateurs vont de trois à cinq ! Et bizarrement, les plus informés dans le milieu ajouteront que le vin acheté bon marché risque de se trouver à des marges bien supérieures et donc très cher. C’est le coeff invisible qui masque la réalité d’une marge exorbitante ! Ça peut friser l’usure à sept fois le prix d’achat sans qu’il n’y paraisse rien. Le restaurateur pris la main dans le sac vous répondra sans boncher que c’est sur ce liquide qu’il réalise son bénéfice. Chacun est libre d’appliquer ses tarifs, ça va de soi, mais il convient de dire qu’en pratiquant de la sorte personne n’y trouve son compte. Le viticulteur vend moins de vin alors qu’il est tout de même l’artisan d’un produit qu’il a mis une année à produire, à braver les intempéries, à subir les aléas des climats imprévisibles, à se pencher sur ses ceps de vigne, à trouver difficilement du personnel saisonnier pour un métier pénible, bref à travailler et s’acharner sur ce liquide divin ou simplement vin et au bout du compte pour récolter la plus faible part des revenus. Au royaume de la grappe, il y a quelque chose qui cloche! Car de toute évidence, le coeff du viticulteur est loin de trois, quatre ou cinq ! Très loin même ! On a même l’impression qu’il est né pour soutenir économiquement le restaurateur. Après avoir tiré de la terre à grand peine une bouteille, il doit se contenter de la part congrue. Au plus son client fait du beurre sur son dos, au moins il vend du liquide. Mais il est utile de reconnaître que le grand gagnant de cette affaire est la sécurité routière. Au lieu de boire quatre verres, le chauffard potentiel n’en boira plus qu’un ! D’ailleurs, c’est peut-être dans cet esprit civique que le restaurateur met ses prix du vin hors de portée du portemonnaie de base.

Paul Bianco