FRÉCHON: TOUCHE PAS À MON POTE!

(LE CHEVALIER DE LA TABLE GRONDE!)

Pas sûr que la chronique Didier Porte du 19 mars 2009 sur France-Inter soit la meilleure du journaliste-humoriste, mais la “forme” est selon nous une question de second plan. Dans cette chronique disponible sur Internet, le chef du palace parisien “Le Bristol” et récent triple étoilé du miche Eric Fréchon s’offusque qu’on puisse faire de l’humour sur le chef disparu Bernard Loiseau, et sur lui-même. Faut dire que dans son “papier”, Didier Porte reste fidèle à son fonds de commerce adepte du vitriol puisqu’il faisait référence au suicide du célèbre cuisinier d’une manière peu légère. Et alors? C’est toujours la même histoire. Le problème des chefs dévots du Michelin, c’est qu’ils passent leurs vies de cuisiniers à la poursuite des saintes étoiles comme d’autres poursuivaient la quête du Saint-Graal. Ils s’investissent d’une divine mission de Croisés de la Toque, ils sont les “élus” et se considèrent sincèrement comme intouchables! C’est ça le pire: “sincèrement”! La chronique provoqua une levée de boucliers des moralistes de tout poil, journalistes y compris qui bras au ciel, exigent qu’on pende le blasphémateur haut et court, mais que fait la justice, c’est une honte, c’est un scandale. Sauf que même si le “mauvais goût” est de la partie, il est infiniment plus souhaitable que tout puisse être dit au lieu de vivre dans un pays où la fermer est le meilleur moyen de ne pas être traîné devant les tribunaux. Le philosophe Daniel Inneraty dit à ce propos: …Nous sommes humains quand nous estimons que devoir vivre avec l’irrévérence et le mauvais goût est le prix à payer pour notre liberté. Il n’est pas nécessaire que les blagues nous fassent rire, qu’une boutade théologique nous enthousiasme ou que nous applaudissions à tout rompre à la vue de têtes tranchées. Nous avons peut-être découvert une chose: le mauvais goût et les opinions bizarres rendent la coexistence très difficile, mais leur interdiction la rend absolument impossible”. Les censeurs voudraient légiférer sur ce qui est drôle ou pas, les politiques s’immiscent dans les lignes éditoriales des médias, les Pol pot de la “bonne” morale rêvent d’une police de la presse! Jusqu’à quand pourra t’on encore ironiser sur un cuisinier? Au BàO, on sait bien que l’exercice de l’agacerie de toques s’apparente au sacrilège: on ne touche pas aux chefs français et on respecte les morts! Y compris Beaumarchais?

Olivier Gros

 loiseau