BAO : 67

BROUILLAGE DE REPÈRES ET DÉGRADATION DES RELATIONS

Toute ressemblance avec des lieux et des personnes observés dans toute la région est absolument volontaire, puisque j’ai tout vu. Et assez souvent. C’est l’histoire d’un resto qu’on appellera “A la bonne franquette”. Situé dans un petit village de Provence, comme la boulangerie et le coiffeur, lui-même mitoyen d’un vendeur de souvenirs. Et pile-poil en face du bar “Chez Toinou”. Jusque là, les affaires allaient plutôt bien pour tout le monde. Prospères l’été grâce à la manne touristique, plus calmes en basse saison. Et puis les villageois fréquentent régulièrement sa table: ce restaurant propose un petit menu à 12€ la semaine pour les habitués! C’est qu’il cuisine bien le Dédé, figure du village! Mais les affaires sont dures, de plus en plus, et pour tout le monde. Le bar en face “Chez Toinou” constate que son chiffre d’affaire dégringole. Normal. En plus de supporter la loi anti-tabac qui pénalise l’activité de sa boutique, Toinou observe que le consommateur sirote un café plutôt que deux. C’est que le prix du petit noir prend de plus en plus de place dans le porte-monnaie du quidam alors que loyer, bagnole, assurances et tout le reste écartent de plus en plus les coudes dans un budget de plus en plus serré. Alors un jour en sortant de chez son comptable un peu dépité, Toinou décide de faire un “plat du jour” pour alpaguer le chaland. De toutes façons, sa famille et ses proches ont toujours dit qu’il cuisinait bien le dimanche. 10€ plat du jour et café: le tour est joué! En face derrière ses rideaux à carreaux, Dédé le cuisinier fait la tronche. Pourtant avec Toinou, ils se connaissent depuis qu’ils sont grands comme ça! Ça ne les a pas empêchera de se fâcher, au grand dam du boulanger qui redoute le moment où les deux se pointent en fin de matinée pour prendre commande! Au moment où je vous cause, il semblerait que les deux fistons de Dédé et Toinou qui jouent au foot ensemble sont toujours copains.

Non pas que le Dédé le restaurateur exige un quelconque monopole de la cuistance dans son village. Mais il ne lui viendrait jamais à l’esprit l’idée grotesque de couper les cheveux de ses clients pour développer son chiffre d’affaires. Ni de se mettre à vendre des objets souvenirs du village aux touristes. Mais il décidera peut-être de débiter pastis et cafés en terrasse.

Olivier Gros