L'OS ET L'ARÊTE du Bouche à Oreille n°51 Sep 2006

Concernant la sévérité de certaines de nos critiques, quelques-uns nous font (plus ou moins gentiment) remarquer que “ya des mauvais jours” pour le restaurateur. Ben oui: des mauvais jours, on en a tous, y compris le restaurateur. Genre que si on était venu tester la boutique à un autre moment, rien de tout ça ne serait arrivé. Qu’en clair, le restaurateur n’a pas de chance. On répond dans ce cas que nous non plus, souvent, on n’a pas de chance puisqu’on a payé plein pot un mauvais repas trop cher. Mais ce côté “consommateur” de la lorgnette n’intéresse que très peu la face boiteuse du monde de la cuistance, celle qui se fout du monde, à cheval entre incompétence et malhonnêteté. Tenez. Vers mi-juillet, j’ai fait un test à Marseille dans le restaurant “Café Hillel”, qui n’est pas à vrai dire fondamentalement malhonnête, je m’empresse de le dire. Il s’avère simplement que les proprios n’auront pas au de pot ce jour-là. Panne de gaz (branle-bas de combat dans la boutique), certains plats impossibles à proposer, comme les grillades. Au moment de payer, une gentille dame sortie des cuisines m’apprend que son robot est tombé en panne ce matin. Ben dis-donc, c’est la loi des séries, “ça ira mieux demain” que je lui glisse pendant le long silence qui précède l’instant où on tape son code de CB. Très long silence: la machine à cartes-bleues ne veut pas fonctionner. Problème de connection téléphonique, je sais pas quoi, allez savoir. Du coup et las d’attendre, je paye en espèce. Je me suis dit que vraiment, zont pas de chance aujourd’hui, ses restaurateurs. Plus qu’ils ne pensent même! Puisque la maison est testée par le BàO! Pile aujourd’hui! En plus! Ça fait beaucoup dans la boite à déveine. Sauf que pour ce test, ya une autre boite. La nôtre, la boite à erreurs, la boite à fautes professionnelles vis à vis du client. Verres pleins de calcaire, toilettes mal entretenues, vêtements du chef très sales, direction qui ne dit pas bonjour et…pas de beurre pour ma “sole meunière”. De l’huile d’olive! Sacrebleu ! N’importe quoi! Et ça, c’est pas la faute à “pas de chance”! C’est la faute à “pas de beurre”!

Olivier Gros