Matcha

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Beau village. L’endroit est adorable dans sa discrétion, presque pittoresque, se cache.

Dans son tablier bistrotier, le jeune homme en salle vous met vite à l’aise. C’est une grande qualité. Sinon une autre table furtivement complice de mon étonnement, le reste de la clientèle se suppose exemptée de politesse: à l’arrivée comme au départ, elle ne salue pas, ni bonjour ni au revoir, ni regard. On sait bien que l’élégance ne se mesure pas à l’aune d’un foulard Chanel ou d’un sac Vuitton, mais quand même. Ça cause beaucoup d’argent, de notaire, de voisins, de procédure: Dallas-en-Cucuron quoi. Ça critique même en douce la cuisine, puis ça sourit hypocritement quand le jeune patron revient. Savoir que ces gens éteints sont de ceux vautrés devant leur télé allumée à vociférer qu’il faudrait une bonne guerre contre le peuple si vulgaire me déprime.

Alors même que je me souviens avoir récemment déjeuné dans un populaire quartier de Marseille avec des menus à 10€ où une vivante jeunesse chevelue entrante et sortante saluait droit dans les yeux usés le décati que je suis. Bref! On mange quoi? Un excellent pain, déjà. Du rare. La carte: 4 entrées de 10€ à 12€, 4 plats de 15€ à 19€, 4 dessert à 8€ et 9€. Et puis un menu le midi facturé 20€. Sans choix, mais cuisiné malin, coût produit minimum. Cuisine n’est pas que produit, c’est aussi à nos yeux un coup de main. Entrée savoureuse bien de saison avec « œuf crémeux, purée de pomme de terre, lard corse ». Fort bon mais faut vite manger: assiette froide. Tout le problème d’une émulsion au siphon: si c’est chaud, ça tombe. Alors elle est tiède dans une assiette froide. Quelles que soient les justifications, je pourrais en donner autant pour ne pas payer mon plat un peu décevant: 14,5/20. Puis « veau, petits légumes et polenta » joli à l’œil.

Une assiette un peu trop comptable quand même, chiche dans la portion. Une frite de polenta poêlée, courte purée et un peu de brocolis, 6 délicieux bouts de navets. La viande est bonne, deux bouts de chute de carré de veau paré avec du bon gras et un peu d’os. Rôti dehors, rosé dedans, bon. Du veau limousin de qualité. M’enfin, c’est un peu court… et froid (encore): 14/20. Le « millefeuilles » est un délice, maitrisé. 15/20. Café servi dans un verre… froid. Serviette en tissu, la vingtaine de flacons en local, un Bourgogne et un Crozes aussi. Je refais une piqure: pain remarquable du village. Duo de jeunes cuisiniers sur le ponton, tous deux issus de la prestigieuse école privée de cuisine parisienne Ferrandi, blason apposé sur la porte. Qui à lui tout seul, explique peut-être ce sentiment de supériorité ressenti. Le Luberon supérieur, quoi.