L’Ebenisterie

3.5

La boutique a le talent d’une relative originalité architecturale, de l’espace et des volumes.

Faire commerce au bout d’une impasse, fut-elle en centre-ville, n’est pas aisé. Seulement voilà. Il se trouve que la terrasse est étonnante, que la salle est rigolote et haute en couleurs et haute de plafond, et quoique trop actuelle pour l’homme du passé que je suis, la musique est plaisante. Je m’y suis vite senti bien malgré une serveuse qui devait faire son 1er jour, et un patron qui ne dit pas bonjour attablé au milieu de la salle avec son PC portable. Enfin bon. Les deux font la paire, ce côté dilettante voire désabusé, faut bien vivre et porter sa croix. Enfin bon.

Toujours est-il que j’étais seul client ce midi. Mais je suis sûr que le soir, vu la collec’ de bières, la palanquée de cocktails, la mignonne série de flacons de vins et autres rhums, gin, whiskys, Armagnac et Cognac: ça se bouscule au portillon et les tapas vont bon train! Bref! On y mange quoi? Ce midi, une ardoise. Enfin, on mange ce qui est écrit dessus, si on veut. 3 entrées et 3 plats et à coup sûr, un vrai cuisinier. Et ça, je ne m’y attendais pas. C’est pas avec la burrata, le melon, la salade composée ou même le rumsteck Simmental/frites qu’on peut l’entendre rugir, le chef. Mais avec le « filet de mulet, sauce vierge et légumes du marché »: oui! Belle assiette rectangle mais qui n’en fait pas trop mais où chaque détail est travaillé: légumes (carotte/fane et aubergine) joliment colorés à la poêle et coupés en longueur, épatante vierge citronnée et herbacée… vive la cébette! J’ai dégainé un 15/20 pas volé, d’autant que même si ce poisson délaissé des cuisiniers c’est pas du St-Pierre ou du turbot sauvage, le prix est fort correct: 14€.

Dessert pour aller jusqu’au bout de l’idée. Aïe… Il cherche trop à flatter l’œil, à convaincre. Un « baba au rhum » devrait rester sobre et éviter de frimer, d’abord chercher le consensus avec le rhum… quasiment absent. A la place, un sirop décalé qui pousse à la chlorophylle. L’exercice de style tape à côté, et même si le biscuit est maison, je reste sur un 11/20. Table brute de bois où collent les coudes, désagréable. Sûr que vu la bamboula qu’il doit y avoir le soir dans la boutique plutôt dévolue au genre festif Copacabana 25/35 ans, le bourgeois décalé que je suis aimerait un peu plus de rigueur dans les à côtés, histoire de se sentir comme au restaurant. « L’Ebénisterie » existe depuis mi-2015 vous l’aurez compris: un bon chef est en cuisine.