Le Cabanon Enchanté

1.5

Pleine campagne.

Salle bien mise et le décorum allie ancien et contemporain, la cheminée pète le feu et les toilettes sont à l’extérieur. La mignonne serveuse sur-joue son rôle à fond les ballons, gestes et intonations. C’est toujours mieux que la jeunesse vautrée qui porte sa croix. Point de vue cuisine, on vous prévient par écrit: « ici, nos plats sont faits maison, cuisinés sur place, à partir de produits bruts et frais. Le chef établit un nombre de plats limités afin de garantir une fraicheur optimale. » C’est beau comme l’antique! En amenant l’ardoise, la serveuse en ajoute une couche, fait maison, produits frais, gnagnagna. C’est drôle comme à chaque fois qu’on me serine une mélopée du genre au restaurant, ça renifle tellement la justification que mon baromètre à méfiance se met à chauffer.

Formule midi vendue 14€. Pour le reste: 3 entrées sous les 10€ (bravo), 5 plats de 11€ à 18€, desserts à moins de 7€. Tarifs qui font des efforts. Mais. Le « gigot d’agneau »: une tranche de viande calibrée par le fabricant au gout de mouton bouilli dans une sauce illisible, peut-être livrée avec le prétendu agneau. Ça vole pas haut. Trois feuilles de salade et oignons rouges. Trois galettes de pomme de terre « façon kriek » probablement faites ici, parfaits étouffe-chrétiens. 8/20 pour 15€. Du coup les curseurs réajustent: finalement, le prix du plat est trop cher. Afin d’éviter les crème brûlée et fondant au chocolat: fromage. Le « cabécou aux noix » me paraissait une bonne idée. Pas loin. Sur une ardoise rectangulaire, deux cabécous panés sortis du frigo (trop froid) avec des morceaux de noix grossièrement pilés. Le fruit sec rend l’attaque du fromage compliquée tant c’est sec, et les noix sont rances. Impossible à terminer et pourtant, je n’ai pas mangé grand-chose de mon plat. 13/20 et 7,5€ pour le côté généreux.

La petite est venue me demander 3 fois « si ça allait ». Je me suis levé pour aller payer sans prendre de café: je ne voulais pas l’entendre une 4ème fois. A la caisse, seul le taulier a droit de la toucher. Alors forcément… la petite crie en direction des cuisines « le môssieur y veut un ticket! » Juste 4 clients en salle, mais ils se sont tous retournés. Le cuisinier arrive en précipitation, ni bonjour ni rien, je l’ennuie profondément, pas un regard, pas une risette même furtive, rien, nada, macache, paye et casse-toi. Il tapotera sa caisse enregistreuse dépassée puis repartira aussi vite en cuisine, évidemment sans saluer le client. Pour les formalités de politesse, prière de s’adresser à la serveuse.