La Table Du Fort

2.5

Les anciens (l’excellent couple Muller) sont partis, d’autres sont arrivés.

Pas de terrasse depuis toujours mais ici, l’intérieur d’architecte est vraiment bien pensé. Malgré un sévère alignement de tables, la salle se fout des ravages du temps et des modes éphémères. L’accueil et le service sont un peu courts mais le jeune homme est volontaire. Serviette en tissu blanc, pain chaud, carte des vins impressionnante… comme ses tarifs! Aucun flacon de 75cl à moins de 32€ (Beaupré rosé). Quelques belles cuvées, m’enfin 118€ pour un « Pomard » 2010 même si on « m » beaucoup, ça fait un peu chérot. Carte avec 5 entrées, 6 plats et 4 desserts. Menu 21€ le midi, les autres grimpent à 38€ et 50€. En direct « langoustines, risotto Vénéré, petit poivron farci ». Assiette blanche dressée pour plaire aux mirettes, cinq quenelles en étoile d’un risotto noir qui tranche avec les langoustines décortiquées et fondantes sur la langue, un piquillos un peu maladroit de la farce trop compacte.

L’émulsion de carcasse finit le travail: 15/20 pour 29€ quand même. Sucré: « comme un vacherin aux fruits de saison (meringue, mascarpone et fruits) ». Dessert caractéristique du cuisinier débrouillard, fébrile dans sa réalisation mais rondouillard de gourmandise: un acceptable 8€ pour un second 15/20. Une cuisine fine, un peu incontrôlée par moment mais sincère. Pénible: les tarifs surélevés à la carte expliquent les 30% de remise avec le site « La Fourchette ». Le gogo paye donc plein pot… et le client remisé via « La Fourchette » paye un prix « normal ». Enfin bon. 37€ plat+dessert pour moi (sans remise). Un cordial monsieur sort des cuisines, se présente comme le patron, s’assoit à ma table. Nous discuterons un joli moment. Il est parfait dans sa truculence de cinquantenaire épanoui, courte barbe entretenue et regard taquin.

Un bourlingueur qui connait bien « le métier », des boutiques à Aix et Cassis… A l’écouter, il ne mélange surtout pas les notions d’indépendance et d’isolement! Nous nous quitterons bons amis après avoir parlé de nos vies, il me conseillera même de joindre madame pour de plus amples informations sur le restaurant. Alors là, faut que je vous raconte. Au téléphone, je tombe sur cette madame. Elle me prend de tellement haut que j’ai cru qu’elle était sur l’Everest! Elle dégomme sèchement le sympathique monsieur (son mari!): « vous n’avez pas eu la bonne personne ». Hébé. Selon mes informations, cette madame Stéphanie Luer serait (aussi) « chef de publicité » à Marseille pour le groupe Lagardère. Ce qui peut expliquer sa comique crise d’autorité mal placée. Car c’est ainsi mes frères: les gros qui se croient tout permis veulent toujours expliquer la vie aux petits.