Bistrot Saint-Pierre

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Cette ville est de plus en plus compliquée pour l’automobiliste.

Comme souvent à Marseille, trouver une place est un enfer. Alors quand la dame du service vous harcèle en vous demandant avant même que vous soyez assis ce que vous voulez comme apéritif alors que vous reprenez votre souffle, fusse avec un sourire large comme le Danube, ça déprime. Ce n’est pas faire preuve d’un minimum de psychologie à l’égard du client en sueur non épargné de l’été assommant. Après cet exemple en particulier, j’ai bien remarqué que cette dame ne rechigne pas à pousser à consommation en général. Elle amène 3 ardoises bavardes remplies comme des pages de Proust. Elle pousse à fond les ballons sur un plat en particulier, d’une façon tellement grotesque que j’ai cru voir des caméras cachées dans le plafond: « bar de méditerranée grillé au fenouil ». « Poisson sauvage » qu’elle me dit sans sourciller. A 17€.

Faudrait déjà trouver du bar en méditerranée! Alors que selon les experts, le loup et le bar se séparent du côté de Gibraltar! Mais je pinaille! Bref! Pendant son argumentaire de CAP de vente à l’arraché, la serveuse prend à partie la table voisine à qui elle a auparavant refilé la bestiole: « alors m’sieur-dame, il est pas sauvage mon bar de méditerranée? ». La classe! Mais passons. Du coup pour évaluer le cuisinier, je vise « magret de canard au miel de lavande, gratin dauphinois ». Augmenté d’une cossue tomate provençale qui signe un travail « tradi ». Le gratin aussi, mais lui est réchauffé de la veille ou de l’avant-veille. Le magret est tranché puis déposé en éventail façon année 80, cuit rosé et gras grillé: bien. 14/20 et 15€.

Une des meilleures « crème brûlée » de l’année, intégralement maison, la rondeur est rare et le jaune d’œuf pas radin! 15/20. Serviettes en kleenex blanc décevantes, et set en papier amusant: il fait pub de Badoit, alors qu’on ne trouve qu’à la carte Evian, SanPé et Orezza! Cuisine traditionnelle « old school » bienvenue. Car si la ville regorge d’endroits à la mode dont devisent assidument les journaux et les réseaux sociaux accaparés par les marchands d’illusions, bien peu de « traditionnels » sont signalés par la meute moutonnière des avaleurs de burgers et autres gobeurs de nullités contemporaines. On aurait bien aimé en savoir plus sur ce cuisinier, mais impossible. Monsieur a certainement beaucoup de choses à faire. Par contre, son boulanger on voudrait bien son nom pour l’éviter la prochaine fois: le pain le plus calamiteux 2017!