Limmat

- Table testée par Le Bouche à Oreille - 2020 4.5/5★ ΨΨ½
4.5

Limmat restaurant Marseille – Pas tellement le restaurant où faut amener votre belle-mère coincée encore que, si elle porte un chapeau avec des fleurs et une robe taguée comme une Desigual, « ça peut le faire » comme cause Mauricette avec la voix d’Arletty dans « Hôtel du Nord ». Je veux dire que si vous courez le nappage en coton lavé avec Mir-Laine et les couverts en argent astiqués au Mirror, faudra allez ailleurs. Par contre, si vous fuyez les assiettes traficotées comme celles qu’on retrouve en abondance sur le Cours Julien voisin, Limmat et votre homme. Mauricette, celle qui porte chapeau vert pour cacher sa coiffure à la Yul Brynner, a trouvé sympathique ce moment de table. Je l’ai vite vu. Elle n’a jamais été aussi causante, comme lors de notre 1er rendez-vous amoureux qui n’a jamais eu lieu. Elle m’a même parlé de Lévi-Strauss… elle qui n’a jamais enfilé un jean de sa vie! Enfin bon. On mange quoi? Carte encore plus courte qu’un Haïku vu qu’elle n’existe pas. On s’est encaissé pourtant la totale, curieux comme des anthropologues qui essayent de comprendre une question de Cyril Hanouna.

Ardoises de type scolaires avec 3 entrées, deux plats et quelques desserts. La soupe de poisson à la tomate et à l’orange 5€ est d’emblée curieuse, en dehors des arêtes battues, déstabilisante même. Servie dans un bol jaune en pyrex des années 70. 13/20 et 5€. Ma salade de brocoli, fenouil et anchois entier à l’huile d’olive et citron est excitante, nerveuse avec des découpes énergiques, typique de l’entrée façon « le produit devant ». Faut juste penser à faire cet assemblage et ici, il fonctionne bien! 14,5/20 et 5€! Ma bonite mi-cuite avec crème de sésame, pois chiche et topinambour est en 3 morceaux inégaux à la cuisson inégale, forcément. Le légume de saison est encore aux avant-postes. Bonite un peu ferrée, de la veille. Oublié en 1ère intention, le topinambour arrive en fin de parcours. 12€ et 14/20. La réussite franche de nos deux repas est œuf poché avec sauce épinards, pommes de terre grenaille et chou-fleur au parmesan. Appétissant à l’œil et gourmand en bouche, rassurant. Et seulement 9€ pour un plat… 15/20 pour la note!

Les desserts sentent l’exercice obligé, si on pouvait s’en passer, on n’est pas un salon de thé. Je ne me souviens plus du commentaire de Mauricette sur la mousse au chocolat à 3,5€ et m’abstiendrais donc de la noter. Ma tarte aux pommes, je m’en souviens. Du mou de l’avant-veille. Eteinte, inutile. Le problème du dessert, c’est la dernière chose dont on se souvient d’un repas vécu. 11/20 et seulement 3,5€. La carte des vins est un peu à la « va comme je te pousse », suivant les rencontres des jeunes tauliers. Lui se prénomme Fabien Heitzmann et fait le serveur dans sa micro-boutique avec salle à l’étage. Lilian Gadola s’active dans sa cuisine ouverte depuis octobre 2019: ça sent bon du sol au plafond. Reste qu’elle ne souhaite pas « être dans les guides », comme si elle en décidait. Probablement le syndrome des étoilés défroqués du Michelin qui montrent l’exemple à la télé.