L'Échappée Belle

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Planqué dans un virage au cœur du village et inversement, je l’ai loupé à cause du manque de visibilité.

En même temps, Saint-Paul-en-Forêt n’est pas Londres. Et comme tous les chemins mènent à Rome. Et puis j’ai trouvé, je suis entré. Personne à l’accueil. Un peu maladroit, mais le croquignolet cadre campagnard fait patienter les mirettes du chaland patient. Et puis au fond, le cuisinier informe le patron que ya kékun. Oups. Ainsi alerté, il m’accompagne au fond ou s’ouvre un charmant patio vert avec de vieilles pierres, contexte typique d’une maison de village. Très agréable malgré les bâches pendues aux murs imitant la nature, un peu comme des fleurs en plastique sur une table. Très peu de monde attablé ce midi de semaine. Formule 26€ et menu 32€ avec un véritable choix. J’ai boulotté tout l’été celles de mon jardin mais je suis curieux de « tomate d’antan, mozzarella ». La tomate n’est pas potentiellement le plus inquiétant: on discerne rapidement l’ambition d’une maison avec la mozza. Ici, une burrata entière. Ouf. Pas de mozza en carton, la déprimante mozza des pizzaiolos rigolos. Bravo.

Deux tomates fermes tranchées avec méticulosité. Du concombre inutile sinon pour la déco. Un pesto dans un ramequin, totalement incongru. Ce truc gouté du bout des lèvres est un véritable défoliant aux papilles. Le serveur m’a amené de l’huile d’olive, merci môssieur: « c’est moi ». Et puis du pain, merci môssieur: « c’est moi ». Et puis l’eau aussi: « c’est moi ». C’est donc lui. Bref! Mon entrée: 14/20. Couverts changés, merci môssieur: « c’est moi ». Suit un mystérieux « pot au feu de la mer ». Très belle assiette, une assiette de véritable cuisinier. Peu de rapport avec un pot au feu, plutôt une bourride dans le lié de la sauce: crème. Et huile d’olive ajoutée avant de sortir l’assiette. Ça fait beaucoup de lipides au cumul. Dans cette abondance de gras nage une belle julienne de légumes frais poêlés qui porte à bout de bras sur le dos un dos de cabillaud à la cuisson soignée.

Deux belles gambas bodybuildées (bravo) et deux médiocres St-Jacques avec 50% de corail, la clientèle étrangère fera avec. Le cuisinier aime les herbes, moi aussi. 14/20 malgré la distorsion entre l’intitulé et la réalité. Ça vous a plu? Oui môssieur, merci: « c’est moi ». Un café? Oui merci! « C’est moi ». Il est facturé 2,6€, ce qui est beaucoup trop. Au moins autant que la demi Sanpé à 4€. A la caisse, le serveur-patron fait une note manuelle. Vu ma dégaine d’inspecteur en tout genre, quand je demande la TVA sur cette note, il s’affole et met en service sa caisse enregistreuse officielle pour me sortir un ticket officiel. Je le remercie. « C’est moi ».