Le Trois Quarts

3.5

C’est quand même marrant ce travestissement conscient de la réalité.

Sur facebook en photo, ça rigole, galèje, bande de copains-copines, on s’aimera toute la vie, viendez tousse keskon est heureux ensemble dans le restaurant. Posture. Car en vrai malgré l’ambition de métissage social avancé par la direction, ça se trimballe les symptômes d’une vie crispée et grisâtre. Une assourdissante absence de joie dans une prestation blasée cantonnée dans un registre minimaliste, comme si le bien-être était une matière qu’il ne fallait pas user avec les autres, pour le garder bien au chaud pour soi seul. Bref! Je porte ma croix et compagnie! Oui: il fait chaud. Oui, la restauration n’est pas un métier facile. Faire risette coûte pourtant peu. Là pour décoincer la jeunesse présente, faut ramer! A part la petite du comptoir visiblement bien à son affaire! Une confirmation que la boutique navigue dans le registre boboïsant stratégiquement porteur dans le quartier, façon « le monde tel qu’il est ne me plait pas mais quand même, aboule la tune car faut qu’on vive ».

Un positionnement marketing qui se veut pourtant détaché de toute stratégie! Bref! On mange quoi? Une ardoise du soir et une ardoise le midi. Ramassée sur deux entrées à moins de 10 balles (ça devient rare), deux plats à 14€ et deux desserts à 7€. Le contraire d’une sous-prestation: c’est bon! « Croustillant de Brie/pousses d’épinards/tomates rôties ». Un bout de Brie dans un parallélépipède de feuille de brick grassouillet, salade à dominante épinard, tomate comme dit dans l’intitulé, vinaigrette qui titille. 7,5€ la bricole, ça vous changera des feuilletés LIDL micro-ondé à 12€ comme je les vis trop souvent! 14,5/20. Joli coup de main avec « pavé de merlu/crème de pois chiche/fenouil/coriandre » du feu de dieu! Amen! Du frais (le merlu n’est pas cher en ce moment), assaisonnement tonique et sain, bouillon vif. La purée de pois chiche est délicieuse, le fenouil émincé prend un peu trop de place mais l’ensemble respire la sincérité. 15/20 à l’aise.

J’ai bien ri, la serveuse me demande: « il vous faut un dessert? ». J’ai trouvé ça drôle, comme si on ne mangeait que pour strictement se nourrir alors qu’ici, l’aventure est plutôt culturelle dans son positionnement urbain qui se veut décalé et original. Enfin bon. On vous amène une carafe d’eau dès que vous êtes installé, bravo. Le pain est de bonne nature mais coupé trop tôt et donc sec. Le café n’est facturé que 1,5€. Ya plein de bouteilles de vins sur les étagères, mais je n’ai pas eu la liste entre les mains, ni les tarifs. La chef depuis un an s’appelait Marie Dijon jusqu’à voilà peu: pfffuit! Un chef lui succède: il se débrouille bien!