Le Quartier Gourmand

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On est du genre plutôt guilleret quand des p’tits nouveaux sonnent à la porte de la restauration commerciale en zone culinaire un tantinet délabrée.

Ça met de l’ambiance, les concurrents s’inquiètent et espèrent que les nouveaux ne vont pas faire bon à manger… sinon je vais être obligé de m’appliquer en cuisine et c’est fatigant! Bref! Ouvert depuis mai 2019. Il fait encore beau, les baies vitrées sont grandes ouvertes et le toit en bâche tendue fait ombre bienvenue. C’est dans ce tableau et en considérant qu’une dizaine de clients m’ont observé planté debout avec la sacoche au bout d’un bras un bon moment, certes court mais toujours trop long. Disons 40 secondes. Le monsieur du non-accueil a l’air sévère, on ne sait pas si c’est par concentration pour son probable nouveau métier ou par nature: il me conseille de m’asseoir, à un m’ment dooonné.

Quand j’ai lu la carte, j’ai vite pigé que j’allais faire au plus simple. Des salades de 13,50€ à 15,50€, 3 viandes de 15€ faux-filet à 18€ (magret) avec supplément sauce à 1€, 3 tagliatelles à 12€. Et des pizzas. La formule devient opérante dans ce cas spécifique d’absence de désir pour le reste. Une « bavette avec frites et salade verte ». La viande est dure, froide, mais saignante comme demandée. Bien connues dans le milieu de la restauration dite traditionnelle qui se cale dans les rails de la restauration de franchise (les gens y z’aiment bien), les frites surgelées incurvées sont comme partout ailleurs, chez les autres qui font pareil. Salade verte fraiche particulièrement amère. 11/20.

Même note pour le « café gourmand » avec une mini-crème brûlée en bouteille toute prête mais agréablement passée sous le chalumeau, et une ile flottante avec crème anglaise qui sort d’une autre bouteille, blanc moins polystyrène que de coutume. Café correct. 11/20. A 15€ pas de quoi grimper aux rideaux ni à vous argougner la libido en plein vol. Ça sera ailleurs et un autre jour. Alors je sais bien qu’on en est tous à essayer de gagner notre croute dans ce monde où il faut se battre pour vivre quand on n’a pas ou peu d’argent. Mais quand même, quelle tristesse de faire ce boulot de restaurateur sans la lumière du plaisir à donner au client, juste d’amasser le ticket-restaurant.