Le Grand Guste

1.5

Deux ou trois années après son ouverture dopée par la quasi intégralité des blogueurs de Marseillais invités par la maison, « Le Grand Guste » est toujours là.

Si la performance d’un amusant décorum est indéniable, elle vaut surtout dans la tarification totalement exagérée des plats vu le niveau de cuisine. Je m’attendais à beaucoup mieux, le registre cuisine de bistrot étant une de mes préférées quand elle est sincère et partageuse. Ici, c’est votre CB qu’on partage sous alibi de tradition et patati et patata. Boudiou! La direction s’y entend pour presser le larfeuille du candidat au repas! Et ça lui plait: pas mal de monde. Avocats et secrétaires en voisins, copines qui sortent entre copines en Mini-Cooper, relations de la direction qui font la bise au patron, vous boirez bien quelque chose? Au-dessus de la tête de Mauricette, toute une collection de lustres datant de l’époque où elle était jeune, c’est vous dire s’ils sont vieux.

Elle reste sage avec l’entrée du jour « melon et jambon au Beaumes de Venise ». Du radin flagrant. Des lamelles de melon découpées au laser comme un carpaccio (un melon pour 5 ou 6 entrées à l’aise Blaise), une micro-tranche de jambon cru, deux micro-pousses de salade, une demi tomate-cerise. Un dé à coudre de l’alcool promis aussi. Pas trop, ça déséquilibrerait la recette, sinon. On se moque du monde: 10/20. Suit une « parillada de la mer » avec un riz scolaire (entendez « de cantine ») et une cuillère d’épinard gras, moules froides, darne de saumon cramée d’un côté, une ou deux crevettes basiques, un filet de loup avec peau archi-cuit… le tout baigne dans l’huile. Un peu de pesto et hop, on envoie! 11/20. C’était une formule à 19€. Moi à la carte: « tatin de tomate cœur de bœuf, filet de rouget et pesto de basilic ». Une fausse tatin. De haut en bas, description: giboulée de pesto, filet de rouget dur, rondelle de tomate confite huileuse, un carré de pâte feuilletée en sachet et grillé pour l’illusion du cuisiné sur lequel dégouline le gras du dessus, et un pauvre mesclun huilé qui porte l’ensemble, plouf-plouf. 12€ pour 11/20.

J’ai une adoration pour le genre « rôti ». Alors « poulet fermier et pommes de terre rissolées » à 16€: « pièce du jour ». Cuisse et flanc. Poulet de belle qualité. Rôti? Oui. Le jus de poulet, une sauce d’une lourdeur infinie surchargée en fond de veau qui s’avère indigeste, une sauce au tractopelle. Attendez, c’est pas fini. Grosses patates des familles coupées en quatre pas du tout rissolées, couplées avec des tomates crues et cuites (?) qui baignent dans une flaque d’huile, oui, encore. Avec la sauce du poulet, ya redondance, ça fait comme du gras qui bégaie. J’aime le gras! Sauf qu’ici il est dans l’exagération sous prétexte de « cuisine comme celle de mes aïeux ». 16€ et 11/20. Avec un remarquable détachement, le service se contrefout de savoir si ça nous a plu en reprenant nos assiettes, c’est pas son problème. Franche déception: marketing ajusté et cynisme décomplexé.