Le Croque Bedaine

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Ni plus ni moins qu’une erreur de casting de ma part. J’ai tout bonnement cru à un véritable restaurant: façade de couleur bordeaux et son enseigne rigolote récente, vitres astiquées de frais, porte-menu posé au cordeau.

C’est que ça change des vitres des restaurateurs inopérant dans le sanitaire qui trainent des murs aux peintures depuis longtemps écaillées, des enseignes bricolées à la va-vite passque c’est trop cher sinon, des porte-menus rouillés achetés sur le Bon Coin. Mais voilà. J’aurais quand même dû faire gaffe, je me suis emballé. Et puis sur l’ardoise dehors affiche la formule du jour « assiette fraicheur+salade de fruits », un tarif qu’on retrouve fréquemment par ailleurs. Je me suis donc engouffré dans la boutique, jolie. Du bois, de la couleur, un esprit pub comme un mix esthétique entre les franchises « Au Bureau » et « Buffalo-Grill » pour faire court, mais en centre-ville. En discutant avec la sympathique patronne, elle me confirme que « Le Croque Bedaine » est… une nouvelle franchise!

Les codes ont été réfléchis, du cool, du pas cher à manger qui revient pas cher à fabriquer, des cocktails et de la bière. Une dizaine à la pression. Pas tellement de monde et pourtant, la patronne et son employée sont terriblement excitées et angoissantes, galopent dans tous les sens, ne vous parlent pas ou alors par interjections et en passant très vite. Surtout la petite. Remarquez ça fait de l’air: il fait très chaud. Bref! Quoi manger sinon un croque-monsieur? Des frites? Une salade? Une huitaine de croque-monsieur de 4,90€ à 5,60€ alors j’ai fait comme dans une crêperie quand je prends la « complète ». Pareil avec le classique et sobre « croque-monsieur », emmental et jambon. Il arrive, propret et coupé en deux comme un sandwich-club, sur une planche en bois. Dans cet esprit un peu camping avec le Perrier vendu 3€ quand même pour 33cl sans rondelle de citron comme demandé et dans une cannette en métal, j’ai bien rigolé avec les couverts: belle qualité (Vega), tiennent bien en main, lourds. Enfin bon, allez comprendre.

Le pain est bon, bien coloré. Marqué par un B comme le bovin par le fer rouge du cow-boy, le croque est suturé à chaud sur ses côtés: il ne coule pas. Le jambon est d’un minimum acceptable, un tantinet flotteux. Un peu de gras (beurre sur un côté) ne nuirait pas à la gourmandise: c’est trop sec! 4,6€ pour 12/20. Pas de desserts sinon des brioches. Bossées et marquées comme les croques. Dedans avec supplément, on peut mettre un tas de truc pour 0,50€ à 0,80€: miel, chocolat noir, confiture, sirop d’érable, l’inévitable Nutella et… banane. J’ai pris ça. Bon sang. Un étouffe-chrétien de 1er choix. Servi avec une boule de glace et un pet de Chantilly. Évitable ou alors avec 1 litre de bière pour faire passer: 9/20 pour 4,10€. Du coup, on dépasse les 15€ car fait soif, hein, alors on boit. Inutile de s’éterniser sur le cas décalé de mes préoccupations habituelles. Dommage que le ramage ne se rapporte pas au plumage.