Le Colisée

4.5

Ça me faciliterait le boulot de vous dire que la boutique sus-citée ressemble à celle-ci ou telle autre.

Le problème est que la table de « Victor » alias Grigorian Vahe ne ressemble à aucune autre, dans la forme comme dans l’esprit. Et j’en ai fait un paquet. A un moment sur le cours Lieutaud, au milieu du boucan d’une épuisante circulation motorisée et des travaux incessants, une façade de pizzéria plus que commune, une ardoise blanche pour marqueurs multicolores avec des trucs gribouillés dessus. Dedans, c’est grand comme un mouchoir de poche, avec juste ce qui faut de désordre pour ne pas douter. Un monde particulier, personnel. On sent des choses et pas que l’odeur du four à bois. Le gars vous reçoit et vous place avec grande amabilité, droit dans les yeux mais en sueur: il cuisine au feu! On sent bien que le taulier installé depuis 2012 fait avec les moyens du bord, chaises d’un ex-restaurant chinois, déco du plafond raccommodée entre les poutres apparentes. Mais nappes sur tables. Et bé oué mes cocos. Ça vous en bouche un coin hein? Et attendez: vous n’avez pas encore mangé!

D’évidence, le type a des origines arméniennes. A la carte: homos, feuilles de vigne, taboule, kokase, macédoine. Une avalanche de pizzas de 10€ à 15€ probablement redoutables de ce que j’en sais. Des plats au four à bois: touchxapade, chkmebouli, chiche ajarakan… et quelques grillades. Quatre plats mais tous ne sont pas disponibles. Alors je m’amuse à choisir le « poulet tandoori ». On peut sourire: un arménien qui fait des pizzas et du poulet tandoori! Comme un Marseille de carte postale! Bref! M’arrive le plat que j’ai pris en photo en deux parties tellement qu’il est considérable! En lieu et place d’une assiette! Paf sous le pif! Et quand je dis « plat », je n’exagère pas! Un plat en inox pour service à la française grand comme ça! Voyez? Dessus cuits au four (toujours lui) dans un esprit familial grossier: patates grillées, oignons, carottes, aubergines. Augmenté de (bonnes) tomates, concombre, poivrons pour ceux qui aiment, et quelques herbes cueillies du pot à l’instant. Le blanc de poulet est de qualité, on ne s’y attend pas non plus. Il est bien travaillé, l’épice est fine et le piment maitrisé. Seuls les mangeurs de compétitions termineront: 14,5/20 pour 15€.

Avec est servi le pain maison, celui des pizzas. Un café. Et puis j’ai trainé, histoire de sentir l’humanité et le rythme, de prendre le pouls de la taule, les gens, le patron, la musique. Un commerçant voisin vient commander un sandwich, il n’a pas tellement le temps, il est adorable. Deux jeunes types en casquette entrent en disant bonjour, vont au fond après un coup d’œil de Victor devant son four, ils se servent dans le frigo. Un petit restaurant qui sous des airs de rien du tout, donne à manger infiniment plus de choses que les spécialités qu’il propose.