Le Bouchon Lyonnais

0.5

Au centre-ville, l’hôtel Toppin propose une soirée-étape aux voyageurs: repas du soir, chambre et petit-déjeuner.

Sauf qu’il ne fait pas restaurant. Alors la direction sous-traite le travail au voisinage, 4 ou 5 adresses où on y va à pied car ceux qui vivent là ont jeté la clé et en plus, c’est pas loin. L’un d’eux est celui dont le sobriquet douillet est inscrit ci-dessus: « le Bouchon Lyonnais ». Autant vous dire que j’en salivais d’avance, je raffole de cette cuisine. Terrible de se prendre une telle déception dans la cafetière quand on s’attend à la madeleine de Proust. Alors j’explique. Le menu « soirée-étape » prévoit « tomate mozza ou salade de la mer, gratin de poisson ou entrecôte, entremet aux fruits rouges ou crème brûlée ». Rien a voir avec la lyonnaiserie. Ça m’a fait des sueurs froides. On n’a pas idée. « Salade de la mer en sachet, gratin de poisson froid » selon le commentaire de mon voisin d’infortune, table voisine arrivée avant moi et cobaye dont je bénéficie de l’expérience.

J’ai demandé une dérogation pour m’éviter sa souffrance. Le volontaire et un peu maladroit serveur me dit « à la place, quenelle de brochet sauce Nantua ». J’avais 6 ans devant le sapin, c’était Noël. Merci. Ça arrive. Ah. Grande assiette carrée et blanche, une purée verte de je ne sais quoi avec deux fines carottes froides dessus. A côté dans une sorte de coupelle, une tentative de risotto cru dans du lait tiède qui prête à sourire. De la poudre orange chichi-panpan pour décorer. Et puis la fameuse (le mot est très mal choisi) quenelle dans son plat métallique pour faire croire qu’elle sort du four. Deux minutes sous la salamandre dans le meilleur des cas. Or une quenelle doit être gonflée au four, prête à exploser quand on l’en sort. Ici, c’est comme du mastic de vitrier. La sauce orange dans laquelle cette pôvre quenelle baigne, c’est une sauce de bisque gélifiée en conserve maladroite. Bref! Une horreur servie sur une nappe à petits carreaux rouges et blancs qui donne confiance. 6/20.

Je filais sur mon « double zéro », il fallait donc confirmer ou infirmer. L’improbable s’est produit. Une « crème brûlée » probablement maison, onctueuse. Je m’attendais tellement à pire vu le début… 14/20. Voilà. Bouteille de San Pellegrino en plastoc, pain de qualité. Tu entres et tu lis en espérant des goûts prédéfinis de la gastronomie lyonnaise, tu espères du solide qui baigne dans le tradi genre régalade qui décrasse les culbuteurs. Tu t’empales dans du simili d’opérette comme Gnafron se fait avoir par Guignol. Un seul zéro au compteur grâce à la crème brûlée. A éviter.