Le Bistrot Castillon

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Un si joli village des Alpilles planquées, celles qui laissent le tourisme de masse à la ville de Saint-Rémy.

De la jolie vieille pierre rénovée et entretenue, le bistrot récemment ouvert avec terrasse centrale ne déroge pas à la règle de l’architecture locale. Magnifique. Et donc point de vue humanité, infiniment moins respectée est la règle des civilités de la restauration commerciale. Comme dans Lucky Luke: « étranger, tu n’es pas le bienvenu ». Aucun accueil. Ni du monsieur derrière son bar qui se dispense de regards. Ni de la dame affairée qui m’a pourtant bien vu, un coucou furtif m’aurait largement suffit pour que je comprenne mais elle préfère causer avec des amis accoudés au comptoir. On ignore l’étranger. Mon ressenti est terrible, j’aime me nourrir (aussi) de rencontres, des gens, de vies des autres. Bref! Les autres symptômes d’une forme d’amateurisme dérangent moins. Une fois assis après avoir poireauté au milieu du resto, j’observe vite que la clientèle se regarde aussi le nombril. Clientèle un peu chichiteuse, bourgeoise avec pull autour du cou et mocassins aux pieds, en tout cas qui se la joue comme si elle posait dans le journal « maison et décor » pour ramener une photo qui rendra verts de jalousie ses amis parisiens. C’est ça: comme Saint-Rémy mais en plus petit.

On mange? Une vague ardoise avec 3 entrées de 9€ à 13€, des salades à 15€, 5 plats de 18€ à 25€. Quand je dis « vague »: pas de carte de vins, aucune tarif de boissons et café, pas de tarifs de desserts. J’ose l’entrée « aubergine du Paradou, chèvre et jambon de pays ». Une aubergine coupée en longueur, deux morceaux confits avec très peu de gras. L’une des moitiés est tartinée de fromage frais un peu terne et recouvert d’une tranche de « jambon de pays » sous cellophane, je ne sais pas quel pays. L’effort de présentation est louable, mais pour 12€, c’est court. 13/20. Et puis le plat du jour, car il y a un plat du jour: « dos de saumon, riz, crème citronnée avec ses haricots verts ». La portion de poisson est bien travaillée, saisie et souple dedans. Bravo pour ça. La crème fait le job. Par contre les haricots verts (frais) sont bruts de cuisson à l’eau et sans sel. Comme le riz. D’un triste. Je ne vois que deux raisons à cette stratégie d’austérité culinaire: l’incompétence des cuisines (je n’y crois pas) et la mode veganiste de ne pas faire souffrir le haricots verts en leur mettant du sel sur le pif. Bref! Assiette mitigée, 12,90€ pour 13/20.

Point de vue rigolade, le seul morceau de pain est amené dans un sachet comme pour les croissants. Ya pas de petite économie. Celle des « au revoir » est criante! L’absence de salut poli lors du départ du client est significatif. J’ai connu infiniment plus de courtoisie dans du quartier dit « populaire », comme pas plus tard qu’avant-hier quand l’hirsute tatoué d’un bar-restaurant salua l’assemblée en entrant, acheta ses clopes avant de sortir en saluant à nouveau. Le lieu ne fait pas le moine.