Le Beignet Italien

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Faudrait parfois s’en tenir à la 1ère impression, ce qui me gêne car le contexte annoncé « snack-bar » n’est pas un frein à mon travail de testeur de restaurants, j’y ai parfois eu de belles surprises avec de vrais cuisiniers.

« Le Beignet Italien » j’y suis passé parfois devant et puis récemment, j’ai lu une ardoise aguichante, aux noms de plats évocateurs et supposés cuisinés, rédigés à la craie colorée qui même avec une orthographe bancale aguiche: « salade de pouces, chèvre et noix. Filet de volail au curry, riz jaune et crème réduite. Champignon au grill farci au bleu. Tagliatelle au ragu italien, petit pois et aubergine ». 20€ le menu s’annonçait donc jouable. Mais ça ne s’est pas passé comme prévu avec Mauricette qui pour l’occasion avait pourtant astiqué son chapeau vert et le cuir de ses tongs Armani. « Pieds paquets » dans le menu du jour! Une fois que nous serons assis et après nous avoir demandé deux fois chacun si on voulait un apéritif et avoir fait la grimace à notre réponse négative, la dame nous dit « yapu des pieds paquets ». Comme si on nous punissait.

Alors elle nous donne des cartes en plastique qui collent avec l’intégralité de la prestation culinaire qu’on lit: pizza, salade de fruits de mer maison, steak haché, saucisses, merguez, andouillettes, loup, dorade… Mauricette est alors partie dans des convulsions comme quand on lui avait annoncé la disparition de Marcel Cerdan. A la façon délicate d’un vendeur d’électroménager Darty qui doit fourguer son stock d’aspirateurs, la dame précise « alors j’ai une assiette de charcuterie corse ou alors je vous le conseille vous m’en direz des nouvelles: lotte et sardines, pomme de terre vapeur ». Pas folle la guêpe, Mauricette choisit « pizza corse » avec sauce tomate, olives, champignons, mozza, origan et naturellement figatelli. Correcte malgré le manque de cuisson de la pâte et sa mollesse qui n’autorise pas à la manger à la main. 13/20.

Perso j’ai pris le truc extraterrestre évoqué plus haut, lotte et sardines. Qui vole bas, très bas. Deux grosses sardines décharnées… que je planque sous la salade verte après les avoir reniflées. La lotte: de mauvais bouts panés et gras, friture qui ressemble à du poulet macdo, avec une patate à l’eau qui date de Brejvev coupée en 4, des feuilles de salade aspergées d’un truc aussi acide que du vinaigre blanc, tomates-cerise et oignons rouges. Le pompon, c’est le demi-citron oxydé, c’est-à-dire vert sur la coupe, moisi, vieux. Comment peut-on servir au client une assiette de la sorte? Bref! 4/20. Sans la pizza, c’était le « 0000 » assuré. C’est le pizzaiolo qui est venu récupérer nos assiettes, la mienne encore pleine: « ça a été? ». Il se baisse et sur le ton de la confidence: « moi, je fais juste les pizzas, le reste… ». Prestation dépassée, cuisine dépassée, tarifs dépassés. Et vous allez rire, pas de règlement par carte. Bienvenue en Provence les touristeuuuuu!