La Farigoulette

1.5

Sur la place, centre-village. Fin d’hiver.

Un amusant mélange de touristes étrangers ébahis de tout et de mal rasés locaux en treillis militaire qui marchent comme Rambo et accessoirement, qui étalent leur fourgonnette usée jusqu’à la moelle à l’endroit où ils dérangent le plus les autres, comme s’ils étaient seuls sur terre. Des clébards qui marquent leur territoire, je crains dégun. Enfin bon. « La Farigoulette » est un établissement qui possède un panorama remarquable. J’en profite pour préciser que Tourtour est le village le plus haut du Var. Dehors, l’ardoise déroule 4 entrées séduisantes de 12,5€ à 14€. Une huitaine de plats de 14€ à 23€ dont des rognons, du canard, des pâtes et un « quasi de veau aux morilles, sauce au vin jaune » à 22€. Même si les propositions partent dans tous les sens, sans unité de style, l’idée de ce plat est suffisamment rare pour qu’elle m’allèche. Dedans deux niveaux dans le joli resto, un bar au début avec les cuisines à droite. Quelques marches pour rejoindre la salle avec cheminée, puis la terrasse ouverte et fréquentée en cette fin d’hiver clément. A l’étage, les toilettes sont comme dans un placard: demi-tour impossible et quand tu fais pipi le séchoir à main te réchauffe le dos automatiquement. Bref!

La jeune direction transpire de codes citadins qui dénotent avec le lieu. Je m’aperçois rapidement que l’œuvre culinaire de la boutique est un gigantesque calcul marketing pour faire chauffer les CB, les assiettes cherchent à plaire à l’œil, du cosmétique à fond les gamelles, si je peux dire. Les gamelles ne sont pas nombreuses ici. Comme le « quasi de veau » que j’ambitionnais est aux abonnés absents sur l’ardoise en salle (tu prends ce qu’il y a et tu la fermes), je bifurque vers « longe de thon et sa sauce exotique et ses petits légumes ». L’assiette arrive: on se croirait à Saint-Tropez ou dans les Caraïbes tant la décoration ressemble à un sapin de Noel. C’en est presque ridicule tant ça transpire l’effort pour l’œil et l’absence de sincérité dans le fond de jeu. Thon albacore, une tranche fine comme de la hampe de bœuf. Le miracle positif, c’est qu’il n’est pas trop cuit. Mais il baigne dans une sauce filtrée et sucrée comme un loukoum, nette comme de la poche de sous-traitance toute prête.

Deux mini-carottes, des minis-navets proprets, une mini-poire au vin qu’on retrouve chez des fournisseurs habiles, style je connaissais bien Paul Bocuse, pensez-donc. Des pointillés multicolores pour faire joli. A part parce qu’il faut bien que le client mange un peu, un ramequin de riz vénéré. Bref! Sinon l’effort de dressage, ça vole pas haut: 11/20 pour 17€. Gros coup de chance: je finissais mon café et d’un coup, de la fumée et une odeur du diable de graillon cramé arrive comme le brouillard tombe sur la vallée de la Saône en hiver. Je me suis levé précipitamment pour aller payer en apnée, une dame de la maison sur la défensive dit « c’est la faute aux rognons ». C’est toujours la faute des autres.