Château Saint Roux

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Tout ici transpire l’exigence et la rigueur, la beauté noble aussi.

Trop? L’absence de feuilles d’arbres au sol et d’herbe au pied des bordures imprime une obsession décryptable de netteté radicale qui fait un peu penser à l’aseptisé Disneyland! Voilà qui change de la présence crasse d’un moyen planifié et calculé devenu une philosophie de vie pour beaucoup de restaurateurs! Ça me change du quotidien! Bref! Un magnifique domaine alpagué en 2015 par un propriétaire également détenteur du Château de Berne à Lorgues, d’Ultimate Provence et du domaine des Bertrands voisins. Quatre propriétés aux positionnements différents et complémentaires qui confirment l’ambition marketing de répondre à la tendance à la mode de l’œnotourisme. Bref! Remarquable endroit reposant, pierres et couleurs, pas du bling-bling tape-à l’œil mais un véritable fond de jeu. Potager bio, une fromagerie (50 chèvres) et une boulangerie est prévue avant la fin de l’été 2019! Epatant non?

L’accueil affairé est un peu stressant, le serveur me bouscule avec ses assiettes à bout de bras au moment où j’entre. Son collègue rattrape le coup. Dehors? Trop chaud! Dedans? Trop bien: à table! Menu 35€ et formule 25€. Deux entrées et trois plats possibles. Pour entrée « carpaccio de bœuf et ses condiments ». Je taquine un peu le serveur: la maison se vante de ne travailler que du local, du frais et patati et patata… « ouioui la viande est fraiche le carpaccio n’est pas congelé ». Mais bien sûr. Et la vache gambadait au milieu des carottes et chantait avec les fromages de chèvre. Passons. L’entrée arrive, je pouffe à l’observation des tranches de viande obligatoirement congelées pour avoir été débitées de la sorte. Un peu d’une jolie salade au milieu de l’assiette, fine brunoise d’un tas de trucs, probablement « les condiments ». Beaucoup de condiments dans de l’huile. A y eeest! J’ai finiii! Le consciencieux serveur revient un peu rosé des joues, il avoue: « je suis désolé, le chef me dit que la viande du carpaccio est effectivement congelée ». A la bonne heure. Bref! 13/20.

Le plat présente bien! « Pavé de merlu, panisse aux olives, tombée de fenouil, petits légumes et sauce vierge ». J’ajoute « purée de céleri et purée de brocoli ». Assiette brûlante! Un peu gênant avec une vierge! Le merlu frais (pas cher sur le marché en ce moment) est cuit avec doigté et sérieux. Un tas de bouts de légumes aux belles couleurs, taillés en biseau, en bâton, en rondelle, en lamelle… le problème est qu’on n’en sent pas le gout: éteints par l’assaisonnement! Quel intérêt d’avoir des légumes d’une telle qualité si c’est pour les flinguer? Une petite déception car un peu brouillon mais attention: 14,5/20 quand même! Pas de dessert, salade de fruits ou tartelette citron/fraise! Formule 25€ et menu 35€: desserts à 10€! Je comprends aisément qu’avec de tels investissements matériels et de personnel, le comptable fasse gaffe au bilan. Mais quand même, c’est chérot vu le niveau de la cuisine. Mais impec’ pour un shooting photo.