Au Clair De La Vigne

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La rue Marçon à Bandol a souvent de la chance avec les cuisiniers.

Comme il est tard et que je suis en retard, je m’en tiendrais à un rapport circonstancié sur l’expérience du jour avec Mauricette. Le patron de l’adresse rebaptisée (ex-« L’Ardoise) ressemble à un jovial quinqua, ça tombe bien, c’est le cas. Un aveyronnais de surcroit, ça consolide le constat. On sent bien vite chez lui le métier et la passion. La passion, c’est comme du lubrifiant pour la mécanique, ça aide à dérouler au quotidien avec le sourire, à aimer son prochain. Sa façon de l’aimer à Pierre Rouvier, c’est de le régaler. Ça démarre un peu haut avec son menu-carte à 35€ avec 4 propositions à chaque étage: une formule à 28€ serait bienvenue, notamment pour les midis de semaine. Bref!

La dame au chapeau vert qui avait boulotté 5 croissants au petit-déjeuner prend en direct « suprême et cuisse de pintade fermière de l’Aveyron, polenta crémeuse ». Assiette chaude, viande ferme avec de la tenue et peu grasse avec peau, polenta carottée. Pas « volée », mais avec des bouts de carottes biseautés. Jus franc et digeste avec le recul, un vrai, pas de la poudre. Bref! 15,5/20 pour 18,50€. Menu à 35€, j’vais m’gêner. Faut dire que je n’avais pris que 4 croissants, moi. Avec « cromesquis de cabillaud, courgettes pays, fumet de poisson crémé et safran ». Assiette creuse, trois rondelles de courgette comme trois îlots alignés au cordeau, surmontés de cromesquis dorés comme des accras. Une gourmandise travaillée, maitrisée. Avec les doigts vous pouvez, j’ai décrété. 15,5/20. Plat sérieux avec « sériole de Méditerranée, artichauts, petits pois, fenouil rôti ». Poisson pélagique carnassier. Bonne cuisson, mais je me demande si l’intérêt de l’assiette n’est pas la volonté affirmée du cuisinier à bosser le légume frais, vivant et de saison. Ceux cités dans l’intitulé sont présents, caressés par une cuisson à l’huile d’olive, petit navet en prime. 15,5/20.

Exemplaire, la carte des vins de vignerons fuit les grosses cavaleries pour faire découvrir. Le pain est une merveille. Vin, pain, alors forcément… fromage! Un plateau rare et dans mon « assiette de fromages artisanaux d’ici et d’ailleurs », vous découvrirez ceux que vous connaissez déjà et d’autres dont vous ignoriez l’existence. Huit morceaux pour déguster. Et à température ambiante. Voilà, j’ai été plus bavard que prévu une fois encore. Légumes en voisin de Saint-Côme, viandes d’éleveurs Aveyron et Aubrac, poissons de pêcheurs, pain de boulanger. Le chef n’a que 25 ans et avec ceux de son patron, les CV ne tiendraient pas sur la page que vous êtes en train de lire. Vous leur demanderez, si vous y allez. Ce qui ne m’étonnerait pas, je commence à bien vous connaitre.