OBSESSION DU PRIX
HANTISE DE LA VISIBILITÉ

Une bonne bouteille, saucisson et fromage. Nous sommes cinq sous la tonnelle. Un ami d’ami restaurateur de la région parisienne explique aux autres qu’aujourd’hui tous les clients utilisent les réseaux sociaux pour aller au restaurant. Il déroule les exemples qu’il transforme en règle. Je lui fais remarquer que ce sont “des clients”qui utilisent les réseaux sociaux. Et non tous, loin s’en faut. C’est tout bête mais quand un restaurateur spécule comme ici sans discernement sur un style de communication pour rameuter la clientèle, cette clientèle est généralement le reflet de la prestation proposée!

Tarifs remisés pour avoir le sentiment de “faire une affaire”pour le gratteur urbain de“La Fourchette”ou le gogo provincial de “Groupon”, un standing supposé un peu poussiéreux pour le suiveur du“Michelin”, peut-être le sentiment d’appartenir à une communauté avec “TripAdvisor”, la nostalgie pour “Le Routard”car “on l’utilisait quand on avait 20 ans”bref! Codes sociaux propres à chacun qui suit l’église qui lui correspond… voire plusieurs! Infidèles! Qu’on leur coupe la tête! Cela dit “Le Bouche à Oreille”n’échappe pas au fait établi du profil type: son lectorat doit savoir lire, aimer un peu rigoler et avoir horreur de gaspiller son argent dans des pièges à gogos comme il en fleurit partout depuis toujours (de plus en plus quand même). S’il nous suit avec le “guide papier”ou sur le site Internet, c’est probablement qu’il apprécie le rapport qualité-prix au restaurant: notre combat au quotidien!

L’ami restaurateur de mon ami enfonce son clou: “aujourd’hui, on ne peut pas se passer des réseaux sociaux et des sites de contributions pour le business”. J’approuve! Ce qui l’étonne! Bien sûr qu’il faut user de l’outil Internet! Idéal pour toucher tant de monde au même moment! Formidable! Seulement voilà! Faut tout savoir! Les sites et réseaux sociaux ne sont pas gratuits! Ni pour le client, ni pour le commerçant… fut-il restaurateur! Au début, le commerçant stressé par ses finances à court terme se fait amadouer par les propositions alléchantes, il trempe le bout des pieds dans l’eau, huuum c’est bon, avance un peu et puis la côte s’éloigne… Bien sûr qu’être sur Google+ ou Facebook s’avère rapidement efficace pour un établissement. Sauf que le jour où l’intégralité des restaurants de son arrondissement, de sa ville, de son canton, de son département, de sa région, de son pays, du monde seront sur Facebook ou Google+, ça ne voudra pas dire que chaque restaurant est “bon” mais qu’il paye pour être dans le machin. Seul un guide (sérieux) peut signaler si un établissement est une bonne table ou pas. Jamais le restaurateur lui-même “qui gère sa propre com'” et ce malgré des avis téléguidés de site commerciaux. Remarquez, ça nourrit les informaticiens et les actionnaires planqués derrière!

Pire encore avec les sites de contributions! Souvenez-vous! Début des années 2000 avec Cityvox! Quelques années après, Cityvox se faisait dégommer par“Linternaute”! Qu’on croyait vissé sur nos écrans pour l’éternité! Mais arriva la déferlante “TripAdvisor”! Qui afin d’être toujours plus gros avale notamment… “La Fourchette”en 2014! Les gros machins ont en horreur toute forme de concurrence! Du coup, soit ils s’entendent entre eux (comme pour les marchés publics, les assurances et la téléphonie) soit ils la boulottent! Nous autres du “Bouche à Oreille” n’échappons pas non plus à l’obsession de monopole… en mangeant sans exception dans tous les restaurants dont on cause et en payant notre repas! Héhéhé… nous restons à notre connaissance le seul guide de restaurants à pratiquer de la sorte en France! On sait ce que ça nous coûte, mais on sait aussi ce que ça vous rapporte.

Olivier Gros