Une ode à la branchitude, de la déco confortable et des écrans plats où défile le film d'une soirée d'ici, champagneuse et peut-être heureuse, avec trombinoscope permanent de copains-copines flashés un verre de bulles à la main. Mais aussi en alternance, un reportage sur les grands fauves d'Afrique. Pile je m'assois que la lionne déchiquète une gazelle. Ça n'a pas fait sourire la serveuse: vous avez un steak tartare? Bref! La clientèle boboïsante se la joue pincée, s'esbaudissent de tout mais toujours avec cette pointe de blasé, un mot, un geste. La maison propose des sushi, et pour tout dire, ce fût même l'objet de ma visite ici. La juvénile serveuse m'avertira qu'aujourd'hui, pas de sushi. Vlan. C'est embêtant quand on ne prévient pas en devanture. Le client entre, s'assied gentiment où on lui dit et au bout du compte, on le coince. Alors le client pas content se rabat sur un produit piège pour le cuisinier: la Saint-Jacques! "Brochette de St Jacques et rizotto" à 22 €. Chers amis lecteurs, c'est fameux et valait d'ailleurs mieux vu le tarif. Précis sous tous les angles, produits corrects et bien travaillés. Un 15/20 haut la main. Hors-jeu par contre le "sabayon de fruits frais". Complet dans les choux. Une flaque d'eau recouverte d'une vague mousseline sur bouts de fruits peu aguichants. 8 € et 11/20. Deux plat, un grand écart. On préférera se souvenir du potentiel du cuisinier au rayon salé. Et puis en fin de parcours, la serveuse affichera quelques sourires. Très exactement au moment du café. Est-ce parce qu'il est tarifé 3 € sans raison particulière? Pour finir, un grand coup au moral. Des hauts-parleurs dégouline une célèbre musique: la chanson des années 70 de Joan Baez, "Sacco et Vanzetti", condamnés à mort aux Etats-Unis dans les années 20. Mais cette célèbre mélodie d'Ennio Morricone est piratée façon "lounge". Entendre cette chanson engagée devenue sucrée comme un nougat au loukoum dans un endroit sirupeux dans la pose comme celui-ci sera et de loin le moins supportable de tout. |