Yacht Club De Toulon
le Club House

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Si ça se trouve, vous ne savez même pas qu’il existe.

Je fais le malin mais j’ignorais son existence jusqu’alors alors que quand même, c’est mon job d’avoir les esgourdes qui trainent. Bref! Planqué au bout du bout de la plage au cœur du Yacht-Club: pour moi tout a commencé par une nuit sombre, le long d’une route solitaire de campagne, alors que je cherchais un raccourci que jamais je ne trouva. Pas de martiens ni de soucoupes volantes mais des catamarans au sec alignés en rang d’oignons et dedans, une jeune femme planquée derrière son petit comptoir qui m’indique où aller m’asseoir avec son doigt, juste après m’avoir dit « on ne sert plus après 14h » sur un ton militaire. 13h30: ouf. La terrasse couverte de voiles (forcément) ou la salle, ou là, juste devant les cuisines dans une sorte de hangar humanisé de bois avec trois marins mal rasés aux doigts usés par le sel et la ponceuse à polyester qui rénovent les coques éreintées, fin d’été.

Tables non dressées sauf une, celle de la direction du doigt de tout à l’heure. Plein de miettes au sol, les pigeons se régalent. Comme l’autre ne sortait pas de son pré-carré devant sa machine à café, une autre jeune femme est venue au bout d’un moment, encore plus amatrice. Le côté traine-savate des deux devient vite un peu gonflant. Un côté dilettante que j’attribue à l’idée de club, comme branché en parallèle, un monde à part d’initiés qui ne répondrait pas aux codes du genre restaurant traditionnel. Voyez? 3 entrées, 4 plats et 4 desserts. Et puis le plat du jour à 12€ qui s’appelle « gambas au curry ». Je dois dire que le cuisinier est plutôt adroit. Le riz à l’encre de seiche manque de sel et curieusement, sa couleur est d’un bleu très clair, de ce bleu-violet de cartouche d’encre scolaire dans les années 70 qu’on se foutait sur les doigts en la changeant dans le stylo-plume.

Enfin bon… 7 gambas non calibrées… cuisson aléatoire. Salade verte avec des bricoles légumières… Sauce curry impec’: gingembre et citronnelle. 14/20. Je m’attendais au pire avec les desserts qui semblent maison. En tout cas ma « charlotte aux fruits rouges » l’est. Et à seulement 5€ comme les autres desserts. C’est une charlotte du jour (le biscuit ne trompe pas) dans un verre jusqu’au bord, bien rempli. Une Charlotte Rampling, en somme. Pardon. Et pas trop sucrée, bien: 14/20. Dommage que le service confirme le laisser-aller: il a fallu demander le pain alors que je suis le seul client. En buvant mon café, j’entend la serveuse « trinquille » dire sans la moindre gêne devant ma pomme ébahie à sa collègue « trinquille » du comptoir: j’espère qu’aucun client ne va rentrer. Il était 14h.