The Babel Community

3.5

Un lieu citadin, actif à toutes heures, une ambition de lieu de vie jouant la polyvalence dans le concept: il glisse un poil de nervosité dans la rue.

Codes de brasserie agitée dès que midi sonne: ruée sur les banquettes et tables rondes de bistrot, chaises du même tonneau. La serveuse qui s’occupe de mon cas de client est adorable, bien à son affaire. Clientèle échappée des bureaux! Tout le monde veut être servis rapidement! Chacun est son centre du monde! Ça me fera toujours poiler d’observer la délicate clientèle urbaine suintant de bien-pensance vous expliquer qu’il faut rester zen dans la vie et prendre son temps… et de les voir agresser le personnel car ils veulent être servis en premier! Des gifles! Bref! Des formules étudiées le midi, une carte qui va dans tous les sens, qui se glisse dans l’air du temps en voulant satisfaire tous les profils de gourmands (andes).

« Tous les socio-styles » dirait mon prof de marketing: escalope de veau milanaise, tigre qui pleure, joue de bœuf braisée au vin rouge, les exercices obligés du burger et salade César, œuf Bénédicte saumon avocat, soupe thaï tom kha kaï, burrata à la truffe… et des garnitures vendues 3€! En sus du plat principal! Bref! Une auberge espagnole! Ce qui n’est pas stupide vu le concept principal des murs: location d’appartements et coworking! Open the world! Bon. Je mange quoi? Formule 25€. « Brouillade à la truffe d’été ». 10€ à la carte, ce qui n’est pas exagéré. Une belle portion avec croutons, deux ou trois lamelles souples du célèbre champignon (la vraie melano est cassante) et ciboulette cisaillée. Et une absence intégrale de sel. Un probable oubli, faut l’ajouter. Vaut mieux ça que le contraire. 13/20. Plat choisi « le tigre qui pleure ». Hein? Spécialité thaïe. Ici, « bavette de bœuf Simmental maturée sur os, bleue, marinée dans la sauce soja, coriandre, gingembre et piment ».

Vous savez tout. Sauf que le plat est servi sans ail, et surtout froid. On me dit qu’on le mange ainsi. Ailleurs, il est pourtant toujours chaud. Enfin bon. Assiette joliment colorée grâce à une délicate et intelligente découpe des condiments, légumes, herbes etc. Plat seul proposé 15€ à la carte, ce qui est très correct. Il faut ajouter 3€ pour la garniture. J’aurais préféré du riz gluant, j’ai choisi par défaut « écrasée de pomme de terre ». 14/20. Pas de desserts, merci. Comme je veux décharger de sa mission d’encaissement la mignonne serveuse pour cause de cadence infernale, je vais au comptoir. Changement de style. La caissière se la joue directrice du personnel avec tous ceux qu’elle croise y compris le client, façon je marque mon territoire. Elle me fait comprendre que je gêne ici, il est vrai que je suis probablement plus volumineux que je le pense. Ça flingue un peu le gentillet bilan.