Restaurant Le Nohma
Le Domaine De Manon

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Pas vraiment bien placé selon les codes en vigueur de la restauration commerciale: au bout du parc d’Activité du plateau de Signes, un bel espace quand même où le vert tient bonne place.

Comme je suis venu avec mon hélicoptère privé, on remarque bien que le domaine est cerné par une éblouissante étendue de garrigue, pins, oliviers, lapins et terriers. Je vous jure que tout est vrai, sauf pour l’hélico. Et puis une fois installé dans le restaurant lorsque la météo est gentille, la vue mer est parfaite mes cocos. Si on imagine peu que l’endroit culmine à 500 mètres avec vue dégagée, on imagine encore moins l’existence d’une vraie cuisine dans la maison. Pas facile de dompter une nouvelle clientèle, locale ou pas, alors que les anciens tauliers se concentraient sur une vision strictement alimentaire de la restauration pratique des midis pressés.

Les nouveaux impétrants des lieux ont vraiment choisi la qualité sans traumatiser le porte-monnaie du client. Oui, c’est possible, la preuve. Le directeur Damien Reynaud se plie en 4 pour embellir une salle pas forcément bien née, et en 8 avec la chef pour sustenter le chaland avec fierté. A l’ardoise suivant la saison, le marché, les promos, les humeurs: velouté de courge et noisette, tourte bourguignonne, cassolette de la mer, gambas flambées, tataki de thon, rognons de veau et petits lardons, filet de bœuf Rossini et pour ma pomme le « magret de canard miel et citron ». Un magret à la cuisson aussi appliquée est rare au restaurant. Voici donc une exception notable d’autant que la courte sauce est parfaite, puissante mais délicate. Tomates confites au four mes amours, fagots d’haricots verts lardés chers lecteurs estimés. Je glisse sans forcer dans le 15/20 et 18€, ce qui pour un magret cuisiné entier est (presque) donné.

Le dessert, faut vérifier. La « tarte aux citrons » est maison du sol au plafond. La mise en scène fait de plaisant effort, ne force pas le trait, signe une élégance naturelle doublée de spontanéité. Chapeau. 15/20 encore. Ah bah oui. Faudra un peu la chercher cette table, caler votre GPS, délaisser les grands axes, prendre les contre-allées, repousser les préjugés, éventuellement faire un essai sur la formule à 12€ des midis de semaine ou l’ardoise à prix doux, midi et soir. Vous y croiserez parfois des Ferrari, des Maserati et si tout va bien, une épatante cuisinière dont je devine un bel avenir. Qui s’exprime au présent ici même dans le restaurant Nohma.