Pitaya

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Au tout début de l’avenue de la République près du Vieux-Port: la façade vitrée m’intrigue avec son empilage de sacs de riz (enfin je suppose) exhibé.

L’enseigne annonce « saveurs thaï », lumières chaudes et codes couleurs pensés. Une franchise à coup sûr dans son air sûr, dans sa volonté de séduire. Sauf que dedans, bon sang! Quelle pagaille! Quel stress! Sinon le caissier balbutiant, personne ne dit bonjour, tout le monde galope dans tous les sens. J’apprends qu’il faut commander à la caisse et après, sagement allez s’asseoir. Un self quoi. Trois personnes sans gêne, des livreurs venus prendre la marchandise et flippés comme des puces cocaïnées, me bousculent, passent devant. Mon éducation bourgeoise s’offusque d’une telle discourtoisie inappropriée dans un lieu de plaisir, fut-il de bouche. Enfin bon! Cuisines ouvertes, un alignement militaire de 3 ou 4 cuisineurs devant des woks qui crachent des flammes du diable! Bonjour la dégradation de l’huile! Dans le stress, je suffoque, il fallait choisir parmi le choix de 13 plats de 8€ à 10,50€.

Ça sera « green curry ». Emincé de poulet, curry vert au lait de coco, légumes croquants sautés au wok, riz blanc thaï ». Je demande au caissier d’y aller mollo sur le curry vert siouplé. Réponse mdr lol ptdr: « pas possible, la sauce est toute prête ». Je l’ai regardé fixement, j’ai dû blêmir, il a compris. Et puis j’attends planté devant la caisse, toujours dans les courants d’airs, mais ça passe pas. Le caissier dit « ça passe pas la caisse est en panne ». Bon. Finalement, la commande passe. Mais impossible d’avoir un ticket. Quand ça veut pas, ça veut pas. Il se prend de pitié pour mon cas désespéré un peu pataud au milieu de la cohue et du va-et-vient incessant: « allez vous asseoir, on vous apporte votre plat ». Je l’ai attendu 20 minutes au milieu de l’agitation. Des clients entrés après moi sortaient déjà. Dans un fast-food, mon cas concerne plus précisément le slowfood. Et puis avec la commisération d’une petite-fille pour son grand-père, une demoiselle se penche au dessus de moi en disant « vous attendez votre plat? »: on m’avait oublié.

Finalement arrive un gros bol en bois dur, la moitié remplie d’un riz brûlant intéressant un peu gluant. L’autre moitié, bouts de poulet qui collent aux dents, sauce indigente et indigeste, un peu de légumes comme des rondelles de courgettes, du poivron et des fins bâtonnets de légumes… moi qui raffole habituellement du curry vert… allez hop! On dégage! Piège à gogos! Prestation poids plume, saveurs ternes et cuistance à la chaine: 7/20 pour 10€. Ouf, je n’avais pas commandé de dessert. Boutique qui cible visiblement une clientèle préférant investir dans des téléphones à 500€ et des baskets à 400€ que dans un bon repas. Rions en lisant sur la page facebook de « Pitaya »: « vous retrouverez l’esprit de Bangkok, les odeurs émanant des petites échoppes de street-food traditionnelles ». C’est à ce genre d’entourloupe rhétorique qu’on reconnait les as du marketing qui vous enfument. Comme les woks.