On Aime

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Plus je m’approche, plus je pige qu’il s’agit d’un jeu de mots: restaurant vietnamien.

Le patron sourit parfois en salle, madame est aux fourneaux dans sa cuisine ouverte. Des flammes hautes comme ça et de la fumée comme ça. La hotte est performante: aucune odeur désagréable ne déborde. Bref! Et puis je discute avec le patron. Avant ici ça s’appelait « K’Onems », un buffet qu’il renie. Il est probable que la direction soit pourtant la même, j’en mettrais presque ma main au feu mais ya assez de flammes comme ça: « nous on veut faire de la qualité alors on fait pas de buffet comme avant ». Bien, noble ambition.

Quel est le poisson du « poisson au caramel? » demande-je avec la naïveté dont je sais faire preuve quand la situation l’exige. Le monsieur manque de s’étouffer, bafouille un vague mot puis va demander à la cuisinière. Il revient: « du panga ». Sitôt arrivée à mes oreilles, la noble ambition de qualité tombe à l’eau. C’est quand même dingue cette histoire. Le commerçant reste le commerçant: il s’adapte au marché, refile des sornettes aux romantiques qui aiment les belles histoires, aucun état d’âme. Alors j’ai pris ce menu à 18€ en évitant soigneusement le poisson au caramel. Ce qui laisse le fantasme se promener dans tous les plats: il y a ce qu’on sait comme le panga, et ce qu’on ne sait pas. En entrée duo « ha cao et xiu maï crevettes ». Spécialités vapeur dans son panier d’osier ohé ohé. Pas brillant. Dans chaque, une purée identique à base de crevette. Ce qui est bien avec la sauce, c’est qu’elle masque le gout. 9/20.

Je trouve quelques vertus au « bœuf sauté au saté ». La viande n’est pas trop cuite comme souvent, des lamelles fines. Ce n’est évidemment pas de l’Aubrac bio, m’enfin bon. Gros bouts de poivrons crus, oignons cuits, sauce adroite. J’ai tout mangé, mais pas tout saucé: mon médecin me surveille. Servi à côté, un riz cantonnais mieux que de coutume, travaillé et poêlé. Le riz est en bloc par endroit, mais ce riz est fait maison contrairement à souvent. Pressé par le chrono, j’ai remplacé le dessert de toute façon banal (nougat, gingembre…) par un café. Grande salle proprette peu chargée en folklo, terrasse ombragée, et cuisinière radieuse qui vient en salle en fin de service. Un asiatique qui cherche les codes appréciés des français: sourires, nom du restaurant, rhétorique pour plaire mais qui devrait commencer par choisir des produits acceptables. Car la cuisinière ne démérite pas.