Ô Chicoulon

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(Encore) un changement de sobriquet au frontispice de cette boutique.

Cette fois-ci, on a droit à une cuisine passe-partout de grillades à plus de 22€, d’entrées de 12€ à 39€ pour deux, de tagliatelles à 16€ jumelée avec une cuisine annoncée comme brésilienne. Dans le cadre de mes attributions, j’essaye le plus souvent d’éviter le commun, autant dire que ma curiosité s’oriente vers le contenu de l’ardoise aux plats du Brésil. Pourquoi pas un ceviche de Paraty, picanha, manioca farofa, poulet à la portugaise, feijoada, sauce Brasil… Seulement ya un gros problème: le taulier. Il vient vers ma table, stylo et carnet en main, sans rien dire. Il pointe du doigt l’ardoise des plats posée sur table, toujours silencieux. Comme ma sévère institutrice madame Orel en CE2 pointait avec une règle en métal la table de multiplication affichée au mur. J’ai failli me lever et partir, mais vous ne connaitriez pas la suite et moi non plus: elle vaut son pesant de mojito!

Le bonhomme attend donc ma réponse. Il s’impatiente. Je lui demande courageusement: « vous voulez quelque chose? ». Coup de menton et visage impavide: « vous prenez quoi? » avec un accent marseillais appuyé qui craint dégun. Un plat brésilien que je demande: « pas possible le midi ». Le monsieur cumule les indélicatesses. Va donc falloir se rabattre sur les banalités dites « provençales ». On trouve un terrain d’entente avec les « tapas brésiliens » possibles. Une assiette de friture avec « coxinha de poulet, risolis de crevettes, bolinha de feijoada ». Je vais faire court car boulotter ce genre de cuisine sous des températures caniculaires, c’est comme sucer un esquimau en arctique mais à l’envers. Du maison probable, des boulettes comme des balles de golf ou en forme de croissant, un féculent de type manioc peu (pas assez) cuit pour retenir les farces cuisinées: fromage, crevette et poulet. Une sauce banale rouge et sucrée comme chez les asiatiques, une crème aillée plus amicale.

Trois feuilles de salade en sachet: 12€ pour 12/20. Desserts 7€, non merci. Un café pas bon à 1,7€. L’addition siouplé m’sieur! CB acceptée, note manuelle. Je demande à ce que la TVA ressorte. Le type me dit: « à quoi ça sert d’avoir la TVA sur votre note? » toujours avec ce formidable accent de marseillais qui craint degun qui ne veut pas qu’on se mêle de ses affaires mais qui s’occupe de celles des autres. Bref: il ronchonne avec sa calculette et me sort finalement une TVA à 5,5% au lieu des 10% d’actualité. Fausse, en plus. Bref! Peut-être bien que son comptable devrait lui expliquer des choses, si comptable il y a. Je suis rentré au bureau, me suis assis un peu dépité. J’ai levé les yeux sur ma bibliothèque en souriant: trône en bonne place le livre de Desproges « Manuel de savoir-vivre à l’usage des rustres et des malpolis ».